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t»GeK>^lc
LE MIRACLE
THÉOPHILE.
içiizedt» Google
BENNES, TUPRIMERIE DE J. H. VATAn.
içiizedtv Google
LE MIRACLE
DE
THÉOPHILE,
MIS EN VERR AU COHMSKCmENT DU XItl< SlicLE
GAtlTlER DE COINST ;
rt»uà ton i& »iNit*i roit l'Aitia un tkux
T Ht il ■iii.iDTaiqïi ■■ ■imiii.
D. MAILLET,
lllUOTBfCÀIHl BI CITTt VII
RENNES,
CHEZ MOLLIEX, LIBRAIRE
CorretpoDdanl de la Société de* Dicti
M. DCCCXMVIII.
itv Google
ityGoo^lc
INTRODUCTION.
G>nime on s'occupe beaucoup actuellement
de recherclies sur le moyen âge , et que les
publications des meilleurs ouvrages inëdîts en
vieux français faites avec discernement peuvent
servir à fixer d'une ïuanière claire les lois de
la formation de^ notre vieille langue , tes règles
qu'elle a snîvies dans ses premiers' âges , et dans
ses phases successives , j'ai cru qu'il serait utile*
de publier , d'après un ancien manuscrit de la
bibliothèque de Rennes , le Miracle de Théo-
phile traduit en plusieurs langues , et mis en
vers français de huit syllabes vers le commen-
cement du XIII* siècle, par Gautier de Coinsy>^'
moine de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons.
Cette l^ende curieuse et câèbre , dont j'ai donne
des extraits et ^\\ l'analyse dans l'ouvrage que j'ai
fait imprimer l'annëe dernière , sur les manuscrits
de notre bibliothèque pges 127-131 , méritait
d'autant plus d'être entièrement publiée , quelle
difière de la composition que Rutebeuf, un des
plus habiles Trouvères de la fin du XUI' siècle,
a donnée sur le même sujet , et qu'elle forme
un des premiers chaînons de nos origines dra-
matiques , tant par la variété du dialogue , que
■ Il naciuit vers l'an 1 177 , dans le bourg de ce nom,
* situé près de Château -Thierry , et il mourut en 1 33,6.
içiizedt» Google
par ta mise en scène des personnages. Le ma-
nuscrit qui contient cette légende , a plus de six
cents ans d'anliquitë. Elle a été transcrite par le
calligraphe Robin BoutemonI , et je l'ai copi^ ,
même dans ses fautes , avec une scrupuleuse
exactitude. Kayant eu sous les yeux qu'un seul
manuscrit , j'aï eu à surmonter plus d'une dîfli-
culte , et je n'ai pas bien compris le sens de
cinq à six vers, faute d'avoir pu établir la com-
paraison avec d'autres manuscrits.
- Voici la légende du miracle qui fait le sujet
du poème de Gautier de Coinsy :
Théophile était vidarae ' de Téréque d'Adana ,
ville de la seconde Gilicie. ' Sa piété , sa conduite
exemplaire lui avaient attiré l'estime générale ,
et à la mort de son évéque , on voulut l'élever
à ta dignité épiscopale ; mais il refusa par mo-
' Le vidame ( F'ieedmninui ) était établi pour la eon-
aervaltoa. des droits de l'église. Il tenait la plftce tU l'évè-
que', et le représentait en tant que seigneur temporel.
11 a'y en avait qu'ua seul dans chaque évèclié. Les
abb^ et les abbesses avaient aussi des vidâmes.
" La Cilicie , située dans l'Asie-Mineui* et voisine .
de la Syrie qui la borne, ainsi que la Méditeiranée au
raidi, était divisée eu deux provinces. L'une , pays de
plains, appelée première Cilicie ou Gilide proprement
dite, était gouvernée par UO' proconsul; et l'autre»
pays de moulagnes, nommée seconde Cilicie ^ avait poi^r
gouverneur un président { Prases). On sait que les
Romains n'envoyaient des [H'oconsuls que dans les pro-
vinces les plus importantes.
îdtv Google
destie cet ÎDsigne honneur , et l'on fut obligé
de nommer un autre ^véque k »i place. Le prélat
nourdlemeat élu dta à Théophile sa charge de
vidame. Celui-ci en ressentit un tel dépit , qu'il
£t pacte avec te Diable par l'intermédiaire d'un
juif de la ville , qui communiquait, quand il le
voulait , avec le Démon. L'esprit infernal fit les
plus bdies promesses à Théophile , et lui donna
Tassurance qu'il serait réint^;Té dans ses fonc-
tions , et qu'il commanderait à son évéque , s'il
voulait renier sa foi et son baptême , et lui donner
par écrit l'acte de sa renonciation revêtu de sa signa-
tore et de son cachet. Théophile consentit à tout
ce qui était exigé de lui. Le prince des ténèbres,
enchanté d'avoir fait une telle conquête, emporta.
en enfer l'acte maudit. Peu après , Théophile fut
rétabli dans sa vidamie. N'écoulant que tes conseils
p^i^es du juif ei de Salan , il affiche une im-
piété révoltanle , et se livre k tous les plaisirs
des sens. Cependant il fi,t de sérieuses réflexions
sur son état et reconnut son erreur. Il adressa
alors à Dieu et \ Marie de ferventes prières ,
et donna tant de marques d'un sincère repentir,
quîl obtint son pardon par l'intercession de la
Sainte Vierge. Cette bonne Mère lui rendit l'acte
qu'il avait si inconsidérément livré an Diable ,
et qu'elle avait retiré de l'enfer. Théophile mourut
dans l'église d'Adana trois jours après avoir fait
abjuration et avoir reçu la communion des
mains de l'évêquc , et il fut enterre au lieu même
itv Google
où il avait rendu le dernier soupir. L'^lisé l'a
rais au rang des Saiats , et elle célèbre sa fêle
le â férrier de chaque aanée.
Eatychiauus , né dans la maison de Théophile
et témoin oculaire de ce miracle t'a écrit en
grec ; ' et c'est ce texte ^e M. Louis de Sinner
vient de publier pour la première fois , d'après
le manuscrit CoisUn , ' a° 283 ( Btbliotheca
Coisliniema , page ^00 ) , et d'après un autre
manuscrit de la bibliothèque impériale de Vienne.
Après avoir comparé entre eux , ainsi qu'il le
dit lui-même , les textes de ces deux manus-
crits , il a cru qu'il serait inutile de tenter de
faire concorder entre elles deux recensions diffë-
■ Egc auttm Euli/chiantu kumUii tt peceator qui fui
naiua in œdibut hujua bealiatimi Thaophili qua vidi
OBulis meta et aurièus aadivt à beaiâ ejiu lingud ,
necuri et eerth Bcripai , quœ ei conti'geranl ( Suri us,
t. I,", pag, ^a ). C'est la traduclion littérale du gi-ec.
' M. DeCoifiliDj nomme ëvéque de Metz en 1698,
avait chargé Don Beinard de Moniraucoa de rddigtir un
catalogue exact de 40" manuscrilB grecs que conlennit
sa bibliolLèque , travail important , dont s'acquitta avec
le plus graod succès le savant Bénédictin, depuis 1713
jusqu'en .1715. M. De Coislin légtia ensuite à l'abbaje
de Saint* Germain-dea- Prés sa bibliothèque. Les volumes
imprimés ont élé en partie détruits par un incendie ,
dans- la nuit du 19 au ao mai )7g4; le surplus avec
les manuscrits, qui formaieut la partie la plus intéres-
sante de celte collection , a été réuni à la bibliothèque
1-0 J'aie.
iiJGoO^lf
rentes , et il a prëftjré les faire imprimer la-
cune s^parëment.
Paul Diacre de Naples a donn^ de ceHe l^gên<)e
une traduction latine , qui est insérée dans les
Bollaodisies , tome \" de février , pages 483-
i87. A la suite se trouve la même histoire en
Ters latins au nombre de 569. Ce poème est
attribué ( ut creditur ) à Marbode , 34' évéqne
de Rennes , qui fut pourvu de cet ër^hé par
le pape Uiitain second , au concile temi à. Tours
au mois de mai 1096.
Surins ( tome 1", pages 39-4â ), a donné,
à peu de chose près , la traduction laline du
mannscrit de Vienne. J'en ai fait la comparaison
avec le texte grec.
Gautier de Coinsy , et ensuite Rutf^uf , se
sont servis de cette légende pour composer leur
Miracle de Théophile , que Legrand d'Aussi a
analysé. Mais on ne compte dansle poème de
Ruiebeuf qui était inédit et qui â été rccrmiBent
publié, que 664 vers de différents rhythmea,
tandis que celui du moine de Soissons en con-
tient §092 , et offre des scènes plus inte'res&antes
etdes détails plus variés. Il est parlé de Rurebeuf
et de ses ouvrages dans le 16' vol. de l'histoire
lilléraire de la Franre , pages â13, âl5 , 33S ,
223 , â§5 , ââ6 et 234.
Il existe aussi une édition d'un vieux poème
flamand du XIV' siècle sur le mâme sujet , ainsi
intitulé : Theophilus Gedicht der XIV' écuriy etc.
itv Google
Sigdierl de Gemblours , béu^iclin , né vers
l'an 1030 , fixe" à l'annëe 537 le miracle de
Tfa^phile ^ dans sa chrooiqne ' qui coramence
à l'année 381 et finit au mois de mai 1113.
( Vù)r. ia liste de ses écrits , tome 9» de Ihist.
littéraire de la Fr<tnce , pag. 539 et suit. )
Âlbéric , moine de l'ordre de Qteaux dans le
monastère des Troîs-Fonlaines , diocèse de Qiâ-
lons-sur-Marne , né au commencement du XIU'
siècle, donne pour date au même miracle l'année
538 , dans sa chronique , qui contient les évé-
nements remarquables arrivés depuis le commen-
cement du monde jusqu'en ISdl.
Hrosvite ou Hroswithe , rdîgieose bénédictin*
de l'abbaye de Gandérsheim , ville de la Basse-
Saxe , située près de Hildesheîm , qui se distingua'
par son goût poiu* les Belles-Lettres dans le X' ou
le XI* siècle , a écrit un livre qui a pour titre :
Lapsus et conversio Theophili yice-dontini.
Pierre Damien , ' cardinal - évéque d'Ostie ,'
Saint Bernard , ^ Saint Bonaventure , * Albert-
< Jean Pislorius l'e insérée dam son ouvi-age intitule :
Remm Germamearam scripior»» , etc. 1736, 3 vol.
in-P', ( Voy. p. 734 du 1°' tome ). Elle se trouve aussi
dans cet autre livre : Gtrmaniearum r*rum quatuor
celebriores chronographi , i566, in-P". ( Voy. p. 80 ). "
• Page ICI, édit. de i663, in-P-.
3 Tome a", col. 700, édit. de 1719, in-f**.
^ Spéculum Beat» Harise , lectio 9*, page 444) ^'t-
de 1668 , ÎD-f .
3dt» Google
le-Grand ■ ont &it allusion au miracle de Théo-
phile , ainsi que Villon , auquel on attribue les
Bepues franches , poème de douxe cents vers
à peu près > dont il n'est* que le h^ros , et qui
se trouve à la suite de ses œuvres.
Les arts au moyen âge ont souvent reproduit
sur divers monuments la vieille l^ende de
Théophile. Elle se déroule sur b pierre en deux
endroits au flanc gauche de l'élise de Notre-Dame
de Paris , et se divise en plusieurs groupes d'un
travail remarquable. On admire surtout parmi les
bas-reliefs de la rue du cloître Notre-Dame , celui
qui représente l'histoire d'un homme qui a vendu
son âme au Diable. Cest précisément celle de
Théophile. La scène de la Yierge qui intercède
pour lui auprès de son divin Fils , a toujours
attiré l'attention des connaisseurs. Mais depuis
quelques jours , ce groupe a été mutilé , et la
télé de la Vierge qui était pleine d'expression ,
a été enlevée , ainsi que les journaux du 35
juin l'ont annoncé.
La miniature , qui est en tête de cet ouvrage ,
et qui a été calquée sur celle du manuscrit ,
représente la Sainte Vierge rendant à Théophile
l'acte qu'il avait donné au Diable.
' Biblia Mariana , tome ao, page 34 1 ^>t. de i65l>
ÏQ-t^.
it» Google
it» Google
MIRACLE
THEOPHILLE.
Comme tlostte Vamc Muta 9l)^o))l)ilU lus mains
à roRcmt.
Pour ceuls ebbaltre ' et déporler '
Qui se déporteni emporter
■ R^ouii-. — » Rea-éer. „ ,
D,3-,zsdtvGoo^[c
2
Honnour cMe qui Dieu porta ,
Miracles où graot déport a
Rimoier viieil par granl déport '
Car entrouver * moult me déport ^
D'icetui qtii fiai ta portée ,
Qui tout« joie a aportée ;
Fia M loer est mes dépors ,
Car c'est la rive et lî drois pors
Qui tous les douz dépors aporte ,
' Et qui du ciel est pons et porte. *
Il m'est avis que truis * el livre ,
Que matière me donne el livre ,
Ains que Persant , par lor povoir , ^
Komme vénissent asseoir. *
■ Plaisir. — ' Faire des vers, du mot Ttvuvirt. — ' Me
r^ouil.
* Ces douze ven roulent lur ud jeu de moli, dqpt
on verra plus d'un exemple à la lectura de celle
Légende ; on peut les expliquer ainsi ;
Pour plaire et être agréable § ceux qui aiment à
rendre honneui- h la Mère de Dieu , je veux mettre
en rimes le miracle qui est' Se sujet d'une grande allé-
gi'esse ; car je me plais à fâii'e des vert en l'honneur
de celle qui porta dans son eeiu celui qui nous a appoilé
toute joie; mon plus grand plaisir est de la louer, car
tout notre bonheur vient d'elle, et die est le pont «t
la porte du ciel.
t Trouve.
^ Avant que les Persans vinssent attaquer l'empire
romain. La traduction de Paul Diacre ciAnmence par
ces mots ; Faelum est , friusqu&m incursio Jiartt in
Romanam RttnpulUcam execrandte Persarum genlis...
it» Google
Un évesque ot * dous et propice
En la contrée de Célice.
Gl ^esqaes ot un vidame
Qui moult honnoroit rtostre-Dame
Et par parole et parfais.
Si bons hons iert * et si parfais ,
Que moût estoit de grant renon :
Theopbillus avoit anon. '
Tant esloit dous et tant humains ,
Qu'il ne povoit tenir aus mains ,
Tout ne donnast as povres gens ;
N'estait pas'sers ^ à ses argens ,
, Cet écrivain veut parler de l'invasion faite par les Pei'aes
«près la mort de Théophile , et qne connaissaient tous
ceux qui ont écrit la L^ende de ce Saint, L'Egliie
jouissait alors d'une paix profonde sou ■ les, règnes des
Enrpereura chrétiens , et elle était gouvernée par set
Evéques et' ses Métropolitains. Le miraalo de Théophile
arriva ^eo 537 °^ ^^^ > "''^'i 1"^ j* '"' ^'* ^'">' ^^'^
introduction , et l'iovâsion des Perseti eut lieu à la tia
de la i3.° année du rëgne de Juatînien , en 54o , à
l'instigation de Vitigès , roi des Golhs d'Italie , qui ,
pressé par les armes de Bélisaîrë, envoya j en 539,
des ambassadeurs à ChosToèa-le-Grand j roi de Perse ,
pour le déterminer à rompre la p»x avec les Romains,
alors que les frontiëres de l'Empire étaient dégarnies .
de troitpes. Chosroës «ovshit donc tout-ï-coup l'Orieot,
ravageS la Sjrie, prit et incendia Aetioche, et étendit
au loin ses dévastations , dont la Cilicie eut beaucoup
à souffrir. Justinies fut obligé d'acheter la paix.
■ Btoit, fut, avoit ou eut, suivant le sens de la phrase.
— ' Etoit. — ' Nom. — * Esclave .
3dt»Go0^k'
Car son argent si le servoît ,
Que l'amor Dieu en d^rvoït.
Ces ëvesques lanl com veschie
Regart le Est de s'évéchié ; '
Car sans doulance bien savoit
Que tant de bien en lui avoît ,
Et tant estoil de sainte vie,
Ne féisi nule vilannie
Por promesse , ne por avoir.
Sages faons iert de grant savoii-
Et plains de grant discrécion.
Tant iert de grant religion
Et plains de grant humilité ,
Qu'il n'avoit clerc en la cite ,
Neis ' IVvesque de ta renon.
La sade * Vïrge, au sade non ,
Qui nommée iert Virge Marie ,
Honnora moût toute sa vie.
Bien la 'servi et bien l'ama ,
S'a son besoin la réclama ,
Ne cuit * que pas la trouvast sorde , '
Car n'est douçors en H ne sorde .
Que qu'il estoit en si haut pris.
A son évesque est. 1 . mal pris ,
Dont ne pot estre respasse's.
Quand fu du siècle irespassés ,
Touz s'asemblèrent clerc et lai , •
■ Il le fit inspecteur de son évéché, comme s'il était
lui-même Evéque. — ■ — Même. — ^ Douce, gracieuse.
— *Pensa.— ^ Sourde. —* Guéri.
Dirizsdtv Google-
S'ont esleu sam nul dâai
Theophillara lor bon TÏdame ,
En l'onnor Dieu et Noslre-Dame ,
Coramunénent prennent à dire
Com ni porroit meîHor esHre ,
Ne plus discret , ne plus ydoine. '
Theophillus est en la goine
Et efTréës trop durement ,
Car il sel bien certainement,
Se <^1 honnor prent et enibrace ,
Vaine gloire , qui maint mal brace ,:
Tost le pourra si einbracier.
Aine tant ne le sorenl proifer,
Dire leur vousist n'btroier
Leur sires fust , ne lor ëresque.
liors firent tant que l'archeTesquè
Par ses leires tost le manda ,
Et durement li comanda
Qualast à lui , n'el lessast mîe
El receust la saingoorie
Que Dieus li avoit 'envoiée.
N'i ala pas cèle foiée ,
Mes plus qu'il pot s'en dëlaia ,
Com cil qui moult é'exi esmaia. '
Quant le pueple vil le délai ,
Tuit s'en murent et- clerc et laî , ;
Eli grant foree li menèrent ,
L'arcbevesque le présenlèFent.
.' Propre, convenable, idoneus. — ' S'en cliagiii
itv Google
L'archeresque qui bien savoit
Le bien que Dieus mis y avoît ,
De sa Tenue fist graut feste ,
Assés'lî prie et amonuevte ,
Que s'onneur 'prengne isademetit. ■
* TheopbHIus moult bumblooent
As pies H chiet sans démord
Face moilli^ et emfJor^,
A jointes mains merci li prie,
£t doucement merci li crie.
Qu'en tel point , come il est , le lait , '
Et' de cet honnor le relail ,
Car n'est pas digne de tel chose.
L'archevesque souvent le chose , '
De ce que tel honor refuse.
Mes Theophillus si s'escuse,
El si forment * plore et souspire ,
L'archeresque ne set que dire.
^ Pour savoir et por esprouver
S'il le pourroil em point trouver.
Que cest honnor vousist avoir
Donné li a par grant savoir
Trois jours et demi par espace.
- Ne set l'archevesque que face
Car au tiers jors en r'e^st plus frois
Ne fu à la première fois ,
Aine por nule rien ne volt fôre.
Quant li pueple sot cest afère
' Promptement. — ' Laisse. — ' Blâme. — tFoi't«-
Ktent.
DirizsdtvGoogIr
£t l'archevesque ensement ' . .
1. autre opt pris isnelement.
MamleoaQt lî aouviax éveSquet i
Quant ordeiié Tôt l'arcfaevesques ,
A graol joifl sia repaira ; *.
Itfaus conaaj tant lies l'era , ^
Et tant le pecella * epvîe ,
Tfi^phîllum sa tâingnorie
Tolli , «t fist nouvel vidanie.
Aneniis qui dëçoït niainle âme ,-
Et qui de duel font et remet , * "
Quant voit nului qui s'entremet
De Dieu servir et.de bien faire ,■ .
Moult graat jf»e «t .de «est aCEàire.
Li décevant q^ set maint tor, '
Jor et nuit tant tomoie entor ,
Et tant Tasaut et tant leteupte ,
Et tant durement le tomienle4-
Et tant Tesprent d'ardor et ^'ire^
Ne set que ùàre ne qtie dire ,
Par. 1. petit Dieu n« renoie.
Par. 1. petit qu'il ne se noie,. ,
Par un petit qu'il ne s'ebtranglé.
f Ha , las * » : levil , « or sui «a l'aigle ,
» Or sui-je mas ' ? or sui-je pris ?
» Haus ders estoie et de haut pris ,
■ Aussi. — ■ Retourna. — ^11 fut tçUetuciit enlai:é par
de mainaU coomiU. — * Toui meala , (peivtllen ), —
' Qiii fpod et dépérit de cbagrin. ^ — Malheureux. —
' Chagrlo , ( mi^ttm }^
itv Google
» Or ai tani fet par moi mëisraes ,
» Que chiffras sui en ai^orimes. '
» Bien m'ont Déable emp^chië, -
» Quand je ne recui tVveschië ;
n Comme musart bien m'avisai
» Quand je tel honnor refusai ;
■ Miex Tueil m'âmé soit essilli^ *
i> El feu d'enfer et greilliée,
B Que je haus hons ne soie encore,
u Ha! maufés ^caracorës ore, ^
» Et si me di en quel manière
» A mon honnor vendrai arri^.
» Hai! maufës ,. car acourés,
» S'a cest besoing me secoures;
» Voslre hons et vostre clerc serai,
» Et homage tous en ferai.
» Ne servirai mais en ma vie ,
» Ne Diea , ne sa mère Marie ;
» Apertement puis bien vooîr
» De moi aidier n'ont nul povoîr. '»
En la TÎUe. l/juis avoit
Qui tant d'enging et d'art savoit
D'entr^et * , de fonîneierie , *
De barat ' et d'enchanterie ,
' Afflictioo d'espi'it (angor). Celte expreuion signifie
{ju'un homme a été trompé dans m>d attente. [ Vojrec
Roquefort, aux mots angeriam» tt chiffre'.) — 'Exilée.
— * Diables , ( maUim Jhlum ). — * Accourez mainte-
nant, ( horâ Arfe ). — * Tour d'adresse. — * Adi-due.
Fouiner, s'échappei' adroitement. — t 'Tromperie.
it» Google
Que devant lui hastirement
Pesait venir apertement
Les anemis et les Dëable»
Cil juis estoit si decevabtes , .
Et tant «avoit barat et guille '
Que des plus sages de la ville
Avoh tournez à sa créance.
Tant savait d'art de nigremance ,
A l'anemi fère fesoit
Toittes les n'ens que .)i ^aisoit ;
Par son conseil aloit mainte âme
Ou feu d'enfer et en la flame.
Theophillus li redot^s *
Qui enginie's ' et assolés *
Fu si com vous avés oï.
Et qu'anemis si l'esbloï ,
Si qu'en lui n'ot sens» ne raison,.
Au )uis vient en sa maison ,
Com celui que DléaUes porte
Tout quoiemênt ^hurte à U porter.
Cil qui fel ot mainte maie oévre. .
Moût tost a«ort et la porte oevjre. ''
Quant il 1é voit si espenti',
Bien set qu'il a le sens pecdu., !
Et que Déables l'ont soupris.
Theophillus qu'avait espria
Vaine gloire trop durement
■ Pinesae, — " Vaincu. — *Ti-oinpé. — * FaaciMi
}ans bruit. — ^ Ouvre-
ityGop^lf
*0
As piez li tiùtt itoaleaient :
« Sire , .» fet'il , « por Dïen mord , '
» Tant ai le cote taint '«I noirci ,
» Par. 1 . petit je ne part d'ire. *
» Mes ésTéques , mes nouviax sire ,
u Que Dieu descrire ainssint la sol ,
» Boulé m'a jus de de la sol , *
» El mis en are , ^ en espasse , *
» Si sui dolans, ne sai quë&ce;
» Tollue m'a ma saignorie ,
» S'en^ ai tel dùd et tel ennuie ,
« Par. 1. petit d'ire ne crief , '
M Se }e par tous n*en vieng à cfaief
» Et je par tous n'erai m'onnor
» Mourir m'esluet i à dësbonor. »
Cil qui moût sot d'art et d'engteng
A ses paroles entent bien
Que soupris l'a li anemis :
u Certes , » failli , 't bians dous amis ,
» Se TOUS fiissiés uns lrès-4>oB lierres , *
» Uns usuriers , uns smassi^s , " ■
» Uns flatlierres , uns sers À gré ,
» Encor fussi^B en baut degré , '
» Dont l'ETesqne tobs a mis jus. "
■ Teint , tincltu. — • Qua-ja. oe parle de colère. —
'A bas de ma place. — * Ed arrière ( rtlrè ). * — Au
lai-ge, — * Grief, peioe, chagrin. — ? Il me faul.
— * Iiarroi). — 9 Homme qui amasie de l'argent, —
>o TraDspoaitioD , il ^udrait, pour lariiue, vom a jus
itv Google
11
» Tous pr^u , biau» Irès^ous amis ,
» Tant sai-je bî«i de lor afaire , .
» De boDCs gens n'ont vais, que &îre.
» Lor bénéfices tous emporlmt
» Cil qui les graoz borsses ' aportent ;
» Nus ne n'a riens s'il ne l'achate,
» S'il ne losenge ' , ou s'il ne flale.
» De jour en jor vois lour empire,
» De tous prélas ce pues bien dire ,
» Honnor ne portent nul prodonie
> Fait nous avons , ce est la somiDe ,
» Biaus dous amis, grant déshonor ,
■> Mes plus aures encoK d'honnor
» Que n'eusteg en nul terapoire , ^
» Se>mon conseil en vouks croire.
» Bien tûus croirai , » fet-ïl , « biaus sire,
» Me renonunicE faire y ne dire
» Que je trop voletiers ne face ,
» Mes aidiea-moi par Tostre grare. »
Li juis qui plains est de fiel ,
Quant au cbeitif desouz le miel
Muce le venin et ,pepont ,
Simplement li dit et respont :
« Biaus dous an^s , comme sens» *■
» Demain au soir ci revenez ,
» De Tostre afaire penserai ,
M Et moult grant conseil i métrai.
• Bourses. — » Tiompe. — ^ Temps passé. — ' Sensw.
itvGoO^lf
«8
» Revenez ça sanz compaignie ,
» Ne je, ne tous , ne devon mie,
» VoiJoir e'on» gai ' de voslte afeîre ;
» Qui sages est , il doit bien faire
» Son afaire bien sagement.
i> Sachiez que moult priv^emeirt
» Cest afeire voudrai trailier. .
» Jà ne se saura si gailier '
» Voslre presque , ce sachio; bien ,
» Que ne soies , tout maugré sien ,
» Sice de lui et de ses choses
» Jà ne seront si bien encloses.
» Certeâ quant revendrez demain' ,
» Je vous moarai tout main à maîn
» Merroi * et mon saingnor vëoir.
» Xai à sa coùn si grant povoir ,
» Que bien vous cuit ftre de Im'.
» Garde's ne parlez à nului
» Devant que vous ci revendras ;
» Certes bon fustes engendré ,
• S'a lui vous povez acoîntier,'^
» Je TOUS parcuit siesploitier , *
» Que TOUS fera encore évesque,
» Ou apostoille, ou archevesque.' » .
Theophillns li desvoi^ , ^
ÏA deceus , li Ëivoi^s', '
■ Gâte. — 'Veiller , garder. — ^ Mon roi. — * Fré-
quenter, — * Parcuit, par, forme superlative. Je pense
si bien vous conduire. — ^ Egaré, (deviatus ) — ' Qui
est dans une fausse voie.
ityGoo^lc
13
Congië a pris , si se repaire '
Tool coiement à son repaire.
Lendemain lorsqu'annoncië fu ,
Cota cil qui est. espris dou fu *
Qu'avoit sou£Bé li anemis ,
Tous seulz au chemin «e r'est mis ,
Qûéa li juis en vient tout droit ,
Qui moult ^nt feste; en fesoit ;
Assez le baise , assez l'acole ,
Jà le luenra à tèle escole , '
Où malement iert de coles : '
« Ne soies tristes , n'adoulez , » '
Fait H juis , « Biaus dous amis ,
» Je me sui jà tant entremis y
n El tant penez de rostre aHaire ,
» Qu'à mon saingnor vous lèrai faire
• n Quanque ^ saurez de bouche dire.
» Par moi vous salue misire, .
» £t par chierte ' vous a mandé.
» Il m'a bien dît et commandé , '
n Et si m'en a tenu moult court ,
n Que je vous main veoir sa court
» Et la grant feste qu'il demaine. »
Li destoyans atant ^ l'emmaine
A mie-nuit fors de la vile,
Bien le déçoit et bien le guille ;
Li lieires li boute en conroie ^
' Se relire. — »Faii. — * De tromperie. — 4 Ni chagrin.
— s Tout ce que. ,— * Amitié, — î Aloi», ainsi. — * Le
met en mauvaii chemin.
itv Google
Bouter le fait en tèle roie , ■
Qu'il perdra le cors et l'âme ,
Se Dieus non fait ou Noslre-Dame. > .
Li juis [Jaios d'iniquité ,
Quant le lient fors de la cité, I
Moult le conforte et asseuré. 1
Mes la nuit est tainle et osture , ,
S'en a grant hide * et grant fréour :
« N'aies doutance , ne péour , »
Fait li juis , « por riens que oies , |
» Ne por merreilles que tu oies , ' i
» Ne te saigne * por nnle rien
n Ce te commant et deffenl bien ,
» Ne por riens nule qui t'apère , * 1
» Ne réclame Dieu , ne sa mère. » i
TheopiiiUus , sanz contredit ,
Tût li oitroie qnanqu'il dit.
li souprenans qui .l'a soupris,
Maintenant' par la main l'a priï ,
Et si li dist : « Liève la teste ,
» Or pues Téoir la haute feste ,
» Que je pieça ^ t'avoie dite ;
» Bien pues véoir n'est pas petite
» La grant joie que cil demainent ,
n Qui Monsaignor loent et aiment. »
Theophillus tremble et firemie ,
Tel pouor a , ne set que die ,
' Voie, chemiD. — » Efiroî. — ' Il faudrait eo/w. —
^ Ne iàia pas le aigoe de la croix, — * Tappai-aiese. — '
^ Depuia long-tempe.
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15
Avis ti «M t quant se fwent girde ,
Tout li pais esjHiingue ' et srde. '
. D'aaemis voit plus de. G. mile :
Grani feâte foQt fors de la vile ,
Et Toat processions fesani j
Ne soQt pas nul quoi , ne tesant ,
Aîns font tel tumulte et tel bruit ,
Tqut li pais tn croule et bruit.
En noise ' faire se d^M-tent ;
* Lor saigner marnent et enporleat ,
Et plus coragés vont braiant ;^
Lors s'en fijsl ta»i tornë fuiarfl ■
Dan ' Teophillas s'il osast ,
Por le juis qu'il .ne cfaosast. ^
Emmi euls tous voit. 1. Déable .
Si grant et si espuantable ,
Qu'à son semblant fait bien sembler.;
Terre doic faire trembler ;
Des autres est princes et sire.
* Teopkïllus ne set que dire
Moût s'en faut pou qu'il n'ist ' du sens ,
Tant voit d'anemi» en tous sens.
Nus ne saroit dire le nombre
Bien aura tresailli son nombre
S'il n'ist do sens , ains qu'il rttxsvt , *
1 Saute, dapse. — .' Br&Ic, ( ardit). ^ — Dbpute,
4|uerellc, tumulte — ' i S'efforcent de faire plus de bruit. —
*Dan , (lame, dom. Seigneur f'Domtnus^.'—^ De crainte
<]ue le juif, ne le blâmât. — ^ Qu'i son tvpteX il semble
que la terre doive trembler. — * Qu'il oe perde la tête.
tï Google
16
Mais n'a povoir qu'il s'en retort ,
Que li )uis , qui moult se painne ,
Ëntr'eus le Irait h quelque painiie ,
Et bien li dit qu'il ne se saint.
Ne ne reclaïnt ,' sainte , ne saint.
Quant fa-Veu li anemis,-
Au juis dit : « Di-moi amis , '
» Qui est cis faons , ne dont vient-il?
X Sire , » f«it U lierres , « c'est dl
• De cui proie tant Toas jiToie ; ' * •
» U est mtré em bone voie,
» Se Toas le Toulés aToia*,
» Biaus sire , dit li avoie hier , ^
» Qu'en nuit à tous ci l'amerroie ,
» Et que de lui tous prieroie.
- » Grant mestior a de vo conseil ,
n £t )e H pri. lo. et conseil '
» Qu'il face qnan<pe vous voures,-.
» Car de bien iaire li pourras
» La moitié plus qu'il ne voialro*! ■
» Ne il son aidier pourroit ,
» Pour l'aide ci l'amené ,
» Son évesque l'a mal moïë ;
» S'en a le cuer taÎDt et noirci ,
» G>n8eillïe2-le par yos merci. »
Li Déablès respont : « Atant
» Por ce que tu m'en pi:ies tant ,
■ Ne récUrae. ~ ' Pour lequel j« vqus avais tant prjé.
— ^ Je lui avais dit hi«r. — ^ Je le prie, le Ipue çl lui
conseille. ■ ■ •
D,3-izedt,G00^lc
M S'il lenoie , sans donorance , ■
» Et son baptesme et «a crânce ,
» Dieu et sa mère , saints et saintes.
j) Encor li donrai honors maintes ,
» Celle mëismes qu'a perdue
» A grant feste li ert ■ rendue ,
» Et s'iert de l'^sque si sire ,
» Goniander ne voudra ne dire
» Que r^resque lors droit ne face.
» Uès il ne puet avoir ma grâce ,
M "Se ne puet estre qoe je l'oie , '
- » Se sa créance ne renoie ,
» Et Dieus et sa mère Marie ,
>» Qui nuit et jor tant me tarie *
» Et tant m'esquent * de tous mes drois ,
» Que je la hey en tors endrois,
» Et si commans sans nule alonge
» Que bonne cfaartre encor m'en doinge. *
» Maint crestien m'ont deceu
» Quant du mien ont assés eu
» Et mes honors et mes hautesces ,
» Mes grans avoirs et mes richesces ,
» Se confessent et se repentent ,
» Ainssi si me guîllent et mentent ,
» Mes honors prennent et requeuvrent ,
» Et puis après si me descuevrent ,
» Lors droit qu'à confession viennent ,
• Retard. — ' Sera. — ^ L'eutende. — * M'irrile. —
* M'exclut. — • Donne.
3dt» Google
18
1 Ne sai où vont , ne qu'il deneanent ;
) Jà plus un seul n'en rererrai ,
> Jà creslîen mais ne croirai ,
> Se je n'ai lerres ou s^l ,
I Ne me tendront mes porch^l. »
Theopliillus H desvoies
Com ril qui tous est faToiés ,
As piez H chiel isnelement ,
Si le baise moût humblement ,
Quanqu'il a dit tout li otlroie
Et Dieu et sa mère renoie ,
£t sacrement , foi et baplesme.
Por la chose esire encor plus pesme ,
Por affermer plus fermement ,
Pnr plus dampner dampnablement ,
Bone charte l'en a don^ ,
De son s^ bien séelée.
Jà ne croira mes en sa vte
£n Dieu , ne en sainte Marie ,
Mouslier n't^Iise n'amera ,
Ne bien , n'aumosne ne fera ,
Ce dit son s^l et lesmoingne.
Li Déables , sanz plus d'aloigne , *
En enfer les lettres emporte ;
Moût est joyaus , moult se déporte ,
Quant , par la guille , le vidame
A fct renoîer Nosire-Dame ,
Que lant amée et tant servie
Bien plus mauvaise (pessima }, — * Rclacd.
itvGoogfe
19
Âvoit tous les jors de sa vie ,
Et qui tant iert de haut renon ;
Pou parloîl l'eu se de lui non.
Par la provïdeace devine ,
Si commes cuers le me devine ,
La nuit m^ismes que ça vint ,
A r^Tesque tel vouloir vint ,
Que durement se tormenta
£t durement se demenla , '
Quant ot Theophillum osté
Por nului de sa provosié.
Moût le reprenl sa conscience ,
Por ce qu'il ierl de grant science
Et de sainte vie el d'onnesle.
La malio^ k moull grant fesie ,
Theophillum a tost mande ,
Prié li a et commandé ,
Qu'il reprengne sa saignorie ,
Par convent ■ que toute sa vie ,
James ne le couroocera ,
Ne jamès chose ne fera ,
Dont li doie maugré savoir.
De lui et de tout son avoir
Et de l'évesqnië soit tout sire.
Tant paresl ' li^s * ne set que dire ,
Theophitlus de ces nouveles
Moult li plaisent , moult li sont bêles ,
Tant a fet et tant esploitie' ,
' Se déaespcra. — ' Convention ( eonptnfus ). — 'Ou
par-est, par, forme auperlalîvo — * Joyeux ( lœtas).
itv Google
30
Qu'il r'esl plus sires la moitié
Conques devant esté D'avoit.
Lt juis qui assés savoit
De la maie maie aventure
Privéement par nuit oscure
Assés souvent aloït à lui :
« Biaus irès-^ous amis , k nului
» Ne dites , « fel il , » voslre afàire.
» A mon saingnor le ferai faire
» Plus que ne sauras souhaidier ,
» Encor te ruit-je tant aidier ,
» Se voslre afaire très-bien coises ,
» Que de Romme ères ' aposloilles ,
» Dont ne vois-tu , biaus doz amis ,
» Que mes sires t'a tantost mis ,
» Et rasis en ta saignorie,
w Ton Dieu , ne sa mère Marie ,
» Se féissent tout lor povoir ,
» Ne t'i poussent raséoir.
» Servis les as moult longuement ,
» Mes bien saches certainement ,
» Que du servir bien ne te vint ,
» Onques encor honor n'avint
» A nul home qui ait servie
» Cèle Dame , cèle Marie ,
» Dont crestiens font si granl feste.
» Garde sus les iex de ta teste ,
» Se tu vuels que nul bien te viengne,
» James de li ne te souviengne.
'SercB.
itv Google
31
» Sus toute nens de ce te gardes ,
» Que vera s'ylnage ne regardes ,
1!» Ne t'en porroît nul bien venir ,
'v> Noblement te dma contenir,
» Et coioteroent dore en avant
» Ton us qiie leDoies devant
w Te commant-je tout à laîasier ;
» L'en se puet bien trop abaissier
» Et trop d'umîlité avoir.
» Riches bons es de grant avoir ,
» Et si dois estre coinle ' et gobes ,
» Tu dois avoir mignotes robes , *
» Biaiis palefTrois et biaus destriers ,
» Dores loreins > et biaus estriers ,
» Souz les dores csperos d'or.
M Bois et meogue * ass^s et dor ,
1» Et fai tout ce qu'au cors plaira ,
'» Car assés ierl que mal traira ,
» Tant ai-je bien du siècle apris ;
» Car partout est vilz et despis ,
» Et assés trouve mes acointes
» Cil qui se tient mignot et coinles,
» Qui se tient vil , chescun l'avile ,
» Simples bons ne vaut. i. bille;
» Trop papelars ^ estre souluies , '
» Quant tu à génois les lavoies
» Les piez : la povre ribaudaillc
» Naffiert à home qui riens vaille ,
' Gracieux. — • Poli- — ^ Bride. — * Sdange. -
— Hypocrite. — i Avais coutume (so&ftM ).
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» Qui leil les piez a. 1. IruanI ,
» Car crapout sont ort ' et puaDl.
» Bien assotës certes estoies ,
11 Quant tu du tien les revcsioîes -
» Et en este' et en yver.
» Fi ! miex vouâsisse que li ver
» Tous les eussent demengiés.
y Tu r'estoies se eoengiez"
» De vermine , que tous pnoies ,
» Par la haire que lu vestoies.
» Tu r'avoies tant d'eacombrier , ^
» De trop geùner , de trop veïllier ,
» Jaunes ieres com pië d'escoufle ; *
» Tout ce ne vaut une vielz moifle ; ^
n Bois et mengue assés et t'aise. *
» Hons qui trop seufEre de makiite,
» Ne puct mie longuement vivre ,
» Je te commant lot à délivre
» Que tu t'aises en lors endroia.
» Tu es biaus clers joenes et drois ,
» Si dois ton cors moult obier tenir ,
» Et si te dois si contenir ,
» Que joenne et viel , petit et grant ,
» De toi servir soient engranl. » '
Tbeopbillus li juis croît ,
Qui nule nuit ne se retroit ,
' Car les ciapaiida 80Dt sales. — > Rempli. — ^ Em-
bari'DS. — i Milnn. Cet oiseau a les pieds jaunes. — ^On
trouve dans Carpentier Moffi», eap^ de gaot. — ^ Meta-
\o\ à l'aise. — 7 Désireux.
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23
Que conseitlier ne viengne à lui.
Theophillus ne croit nului ,
Fors le larron qui tant lenclianle ,
Theophillus ne lit , ne chante ,
Theophillus n'entre en église ,
Theophillus ne fait servise,
Ne chose nule qu'à Dieu plaise,
Theophillus aime mies aise ,
Richece , honor et saingnorie ,
Que roa Dame sainte Marie ,
Que tant souloil devant amer.
Theophillus parille ' en mer ,
Theophillus afonde et noie ,
Theophillus desve'et fauvoîe ,
Theophillus a caer de fer ,
Theophillus ou feu d'enfer
S'enfuit le trot et les grans saus , ^
S. Martin lait et prent le saus ;
Theophillus laist Jhesos Crist ,
Et sa mère por antecrist :
Theophillus a tant meffail
Se I^oslre-Dame ne le fait ,
Que nul jor mes n'aura moxi.
Bien doit avoir le cuer noirci ,
Quant por. 1. pou d'onor terrestre
 renoié le Rois celestre ,
Et au maufë vendue s'âme.
u Ains n'orent mes si fiert vidame, »
Ce dient tuit par la cité ,
' Ou pérille, eat en dangei'. — 'S'égare. — ' A grands pas.
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24
» Si l'ont Déable eociié ,
» Et mis ou cors si grant orgueil ,
» Qu'à paiue daigne tourner l'ueil ,
» Me Tarder vers povres geos.
K II leur souloit donner argens
» Et les soulers et les côtelés , '
» Nais as meseaus ' et as mesdes ,
» Souloit baisier et pies et nains
» Tbeophillus cesl or du mains '
» A bestoroé ^ si son aflaire ,
» Talent n'a mes de nul bien faire.
» Si se demaine cointement ,
M Que n'a mes nul acointemoit.
• Â nuluî tant est fiers et coiotes ,
N Povres gens et povres acoinles
» A-it dutoDt désacoîutiés ,
» A l'anemî est acointî^s ,
» Qui le fait tant niusart et coinle.
» Hë I Dioc , corne il a bonne acoinle !
» Devant estoit bumbles et dous ,
» Ore est cointes , fiers et ealous. '
w Devant iert franc et débonnaire ,
• Ore est cruel et députaire , °
» Devant estoit bons crestiens ,
» Piteus et dous et pasciens ,
N Et plains de grant religion ,
» Or a toute s'entencion '
' Vêlement. — "Lépreux. — ^Maiolenanl. — ^Tourné.
— ^ Extravagant. — * De mauvaises mœurs. — I II
tourne son esprit.
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95
» En vanité et en luxure.
» De nule bonor n'avoît ains cure ,
i> Mes ore il bée' adès el pense ,
» Me ne reult fère despense.
» Devant souloit fère despens ,
» De tous ses biens as povres gens ,
» Or amoncelé or et argent ,
» Qu'il, seut doner à povre genl.
» Pour lui loer et essaucier ,
» Povres gens souloit descliaucier ,
» Or les boute , ' fiert * et laidenge. '
» De tous biens faire est si estrenge ^
» Et si bestoume lot son estre ;
» Ce n'est pas cil qui souloit estre. *
n Si laidement est deceus ,
» Que trëbuchiës est cet cheus
» Ou piège de désespérance.
» En Dieu n'a mes nule fiance ,
» N'en sa mère , n'en saint , n'en sainte.
» Dyable ont si sa lampe estaïnte ,
» Qu'il ne set mais quel part il tome ,
» S'il anuile , ou s'il ajorne.
o De Dieu et de tous l^pns s'esloïngne ,
» La volonté de sa charoingne
» Quiex qu'ele soit asouvist tote ,
» Avu^tés est , mais ne voit gouTe. >'
TbeophiUus est en mau point ,
Vers enfer droit son cheval point ,
' Il songe toujouiv. — ' Pousse. — ^ Frappe. — * In-
jurie.
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36
Ne si n'i a ne frains , ne brides ,
Grant merveil est , s'il n'a grant hides ,
Car Diables li a jà toutes
Son frains et ses règnes trestoules.
Mes ma Dame sainte Marie
Qui ses amis onques n'oublie ,
Ne Tot souflrir qui fasi perdas ,
Quant vil que si fu esperdus ,
Que son cheVal , par Bn ^ors ,
Qui moul estoit grans et fors ,
Ou val d'enfer s'en avatoit , ''
Du frain , qui. G. mars vatoil ,
Son cheval et lui enlreoa ,
Qu'en droit chemin le ramena.
Elle s(!ul bien qoe li convint ,
£n lieu et en tens li souvint ,
De ce que tant . l'avoit servie ,
El amée toute sa vie.
La Dame en cui pitiés est toute ,
Quant vit qu'il ne v^it mains goule ,
tTil n'avoil mais sens , ne mémoire ,
Son' pileus fitz li Roi de gloire ,
Fileusemeut en d^pria ,
Et li douz Diez qui tout cria ,
Par les prières de sa mère ,
Ot tel ' pitié de sa misère ,
Qu'il n'el vot mie jeter faer '
Ains li rendi les iex du cuer.
Quant Diex drois sens li ot rendu ,
' Desceudait. — ' Dehors.
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27
Et son cheral col eslendo
Vit vers enfer droit eslaîsië, '
Son fraÎD, qu'avait devant laisi^,
À. 11. poins prisi et emporta.
Cil qui son frain en son poing a
Legièrement son cheval tome ,
Et du mal pas bien se destome.
Se l'Escrilure ne nous ment ,
Nostre cheval , nostre jument
S'est nostre lessies la charoinne , *
Sachiex por voir ne nous besoïngne ,
Que ses avieaus ^ tous li faîsonames,
S'el col le frain ne li, lessoroes
Elle sera so ^ si oi^eilleuse ,
Si regibans , * si reveleuse , *
Se Diex m'ait " et Nostre-Dame
Qu'èle voudra chevaucher l'âme ,
£n enfer droit la mènera ,
Jà pour nului ne revenra.
Cis firains est bonne conscience
N'est nus tant soit de grant science ,
Se cestui frain forment ne poingne ,
Que folemenl souvent ne poingne.
Qui conscience ne reprent ,
Plus tost au mal qu'au bien se prent ;
Qui conscience ne remort ,
Jor et nuit point contre sa mort ,
> Âbaadonné. — 'Ce sont lea plaisirs de la uliair.
— ï Volontés, plaisir».— * Alors. — SQtii regimbe. —
* Indocile, rebelle. — 7 M'aide.
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Sachiés por voir ne dolex mie ,
Qui conscience ne cbastie ,
Et au mal faire ne s'aresie ,
Ains est beatiaus corne beste.
Hons qui n'a point de conscience ,
S'aulant ou plus avoit science
û>mme ot Hîlaires pa Ambroîses ,
Ne H Talt-ele. 1 1 . fransboîses.
Quant plus à sens et mains li vaut ,
Quant conscience li d^aut ,
Tout son droit sens li est faillis , .
Quant il fias set, pis est bais , ,
Quant il plus set , plus se md&il ,
Se bien ensaigne et bien ne fait.
Conscience , ce est la some ,
Est li bons Irains dont li prodomme
Sont refréné et retenu ;
Ne Toi ne joene, ne chenu
S'il n'a cel frain , se Diex me sauL,
Qui tost n'ait fait 1. malvès saut.
Theopbillus mal saut sailli ,
Quant conscience li {aîllis ,
Et lors que Diex le ravoia
A droit chemin le ramena.
Theopbillus quant se porpense
Du grant forflait et de l'offense ,
Qu'a fet à Dieu et à sa mère ,
De maîte lerme chaude et clère
S'eslève et arouse sa face.
Si grani duel a ne set qu'il lace ;
IÇlIZedtyGOO^IC
â9
Moût a grant duel , moult à grant ire ,
Souvent plore , souvent soupire ,
Maint soupir gete et mainte lerme ,
Ne garde Tore , ne le terme ,
Que vis ■ D^ble estranglié l'aient
Ou que eofer tout vis le retient.
Lors se reprent à Dieu prier ,
Lors se reprend an saumoier, *
Et lors se reprent à geûner ,
Lors se reprent à aimer
Povres gens et povres nialades ,
Ijors si r'est doux , lors si r'est sades ,
Maus à lessîer et biens k faire ;
Lors li r'est douce l'aspre haire ,
Lors li r'est douce discipline.
De plorer ses p^hiez ne 6ne ,
Ne jor , ne nuit , ne tart , ne tempre , ^
S. £sperites U atempre ^
Si dérote dévotion ,
Et si poignant compoocion
Dedens son cuer , que sans séjor ,
Ses péchiez plore nuit et jor.
u Las ! » iait-il , « las ! qae devendrai ?
» Las ! quel conseil de moi prendrai ?
» Las! qu'ai pensé? las! qu'ai-je fait ?
a Las ! par moi seul ai plus meflaît ,
» N'ont méfiait , ne ne mefferont
» Tuit cil qui furent et seront.
3dt/Goo^[c
30
» lasl hvoiésl Las! durfeîîs ! '
» Las! engeniez! Las! deceus!
» Las! mal-baitli ! ' Las ! radotas!
» Tant m'ont Deabtes asotës !
» Las ! sus tous autres raeschëans
» Com suî vencus et recréans.
» Com je perd! sens et ruëmoire,
« Quant por. 1 . pou de vaine gloire ,
a Por convoitise et por jactance,
X Guerpi ma foi et ma créance.
» Las! Las! Las ! Las ! plus de M. fois !
). Las ! Las ! com doi estre d'esirois ! *
» Las .' Las ! com doi angoisseus estre ,
» Quant je le puissant rois célestre,
» Ai renoië por l'anemi.
» Las! bien me doit le ruer pur! ^
» De fine angoisse et de- duel fendre !
» Las I Las ! bien me devroie pendre ,
» Ou estrangler à mes. 1 1 . mains.
» Las! tant ai fait cest or du mains,
» James mit jor de mon meffait
» N'auré merci, seDieus n'el fait
» Par la prière de sa mère,
» Qui l'esloille est luissant et clère,
>> Qui tous les péchéors avoie
» Par sa douçor et met à voie.
» Ame cbeîlive que feras ?
» Dinmoi que tu responderas ,
' Malheureui. — • Mal gouverné. -- ^Alialtu, cLagrri
- * Pourri , gfilé.
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31
A Qoanl Dieus vendra au jugement ,
» Et monstrera aperlement
» Le vermeil saoc , le glorîeus ,
« Le saintisme , ' le prerieus ,
» Qui de son saint flanc dégoûta ,
» Quant Longis la lance i bouta.
» Quant te dira li puissant sires.
» Vois ci la honte et li martyres,
B Vois ci le cDsIé et le flanc ,
n Vois ci, les plaies et le sanc
» Que je por t'amor espandi.
» Que diras-tu ? car le me di ,
» Cbeitive adoncques que diras ?
n Cheilive adonques oii iras !*
» Lasse! Lasse! que porras dire?
» Quant courouciez iert nostre sire ,
» £t aïrës * si durement !
» Quant trembleront si cruelment
» Angles , archangles tôt ensemble ,
» Aussi com fait la fuielle ou tremble.
n Cbeitive adooques que feras ?
» Chaitire adouques où iras ?
» Cornent auras adont povoîr ,
» Regarder l'oses ne viîoir?
» Que diras-tu cbeîlive adonques,
» Quant trestutt cil qui furent bnques ,
» Bon et mauves comunément
» Verront trestuit apertement
» Les renoians renoieries ,
' Sanetissimut. — ' Irrité. i
3dt»G00^k'
33
■> Les pultenles puleoteries. ■
>> Que diras? quant Jhé»u Oisl
• As reooîë por antecrist.
« Que diras-tu , cbéitire d'âme ,
« Quant tu verras la douce Dame
• Qui Dom^ est Virge Marie ,
» Qu'as renoië et dëguerpie?
Di-moif Oi-moi? Di reooiëe.
• Dî-moi ? Di-moi ? Di fauToiée ,
. Di-^noiP Di-moi? Di-moi, m^le,
» Quant verras la sainte Pacèle ,
> Dont fist li Rois du ciel sa mère ,
> Qui plus reluist et plus est clère,
) Que clers solaus en droit midi ?
> Que diras-tu , car le me di ?
> Lasse ! se tu parler péisses ?
1 Meut tosl certes conclus n'i eusses
I Giurpes ' ni as c'ai-je tôt fet ?
• Sus moi en sont luit li meffel , '
• Tendue t'ai , las ! au Dëable ,
• Por. t. pou d'onor trespassable.
' Se tu povoir sus moî avoies
• Terminer certes me devroies '
< Par tout le monde à une corde ,
< Por a^sier ma charoigne orde ,
El por. 1. un pou de saîguorie
< Lasse ! l'ai-je tant enhaîe ,
El feu d'enfer t'ai ton lit fait.
Las ! Desloiaus tant ai mefifait ,
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33
Ne gart l'o» ■ terre m'engtoule !
> Ids ! Las ! trop fu ma gueule ^ole , '•
■ QuaDt renoia por le Déible ,
> Le haut saingnor esperitable ,
■ Et sa très-douce sade mère.
■ Las! Las! Las! Las! com ta àmère
< L'ore que je chai sur teire.
■ Las ! aÏDs le jour me vendront querre '
> Dyable à toils leur cros de fer
> Por tranier el feu d'enfer. »
Quant ii las , s'est tant tormenrés ,
Tant complaîns et tant démentis ,
Quant a plorë si 1 oaguement ,
Et soupiré profondément :
: Las ! Las ! » fait-il , « que que fait aie ,
' Querre m'eatuet-il à ma plaie ,
Se sages sui , aucune cure P
' Se cèle qui de tous maus cure ,
' Un pou se daignoit entronetre ,
> Tost i sauroit graot conseil mètre.
I La sainte Dame , haute et digne,
> Tant est piteuse et tant bénigne,
> Et tant est douce et tant est Kide ,
• Qu'el ne degète nul malade.
• A son saint temple in'en irai ,
• Toute ma vie i gânirai ,
• Et nuit et jor d'Mitier corage
• Li prierai devant s'ymage ,
< £n soupirans à nus genous , ,
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u
» A soB chijer fiji, qui U»i est .dous,
» Me face joa. pais et m'àraitie ■ ■
» Par sa très grant misériciwâe. ■
»■ Je sui à lia ù descordés , :
» Que n'i puis esïre racordes ,
» Ne rapaies ' fors par^ li seule.
» Diex ! qu'as-lH dit , deslotans gueole?
.> Diex ,' qu'as-lu dit, gueule pulenle?
» Diex! qu'as-tu dit, guenle sanglente?
» Di-moi comeol l'apeleras ?
» Bi>moî cornent la nommeras ,
» Qu'osses nommer U fresche rose ?
» Di-moi cornent seras - tant ose , ■
» Qui tant est fresche , bêle et tlère ,
» Que Dieus en vot faire sa', m^e^
« Di-moi , di-moi , di faivoi^ ,
» Quanles fois l'as-lu renoîëe
» Por le Diable el d^;uerpief
» Cornent seras-rtu tant hal^ie
» Que nomer oses son haut non,,
» Qui tant parest de grant renod?
» Du feu d'enfer las»« ardraa ,
» Si tosi corne tu la nommeras.-
» Ha , lasse , tant l'ai méfiait , ,
» Et tant p^hié et tant for(àît , - -
» Qu'en cbarrai en désespérance !
» Las î qu'ai-je dît ? . or fu effance '
» Car assés pvwt dieus de U suâ
» Plus pardonner que pécher nus.,
■ Rapisé. -^ ' Offense, çéàià.
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35
» £a désespoir jà nfe' châtrai,'' '
» Mes or cbdrdit le i^uerol ,
» Sanz retenir riens qui sôit n^
» Guerpir saoz nuïe démord '
» £d ronor INeu cfoi Me cria ,
» Le siècle et tout qiianqu'îl j a ,
» £t le Oéable et sa cointance
o Guerpis sans nule déraorance. »
Li bon p^hîerre à tant se drèce
Tout etbplorant son cors adrèce '
Vers une ^Hse Nostre-Dame ,
Si li commande cors et 3me.
Ed relise entre sans démore
Laiens ' gëmist , H laiéns plore ,
Laiens geùne et laiens veille,
Laiens fait il tante ' merreille
N'est nus qui réciter la sache.
Ses génois trait , ses chereus sache ,
Son ■vis * depièce et esgraiine
Son pis d^t et sa poitrine
Et à terre souvent s'estent.
Theophillus èr rien n'entent ,
Fors à prier )a douce Datne
Quel doie avoir merci de s'âme.
« Mère , » fait-if , « au Roi du ctel
» Qui plus est douce que nul miel ,
i> Qui plus est douce et savoureuse ,
» Plus dt^onnaire et plus pileuse ,
' lA , dedatiB. -
- * Visage.
• Si grande , { tantus ). — ' S'airache.
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36
» PluB soueve et plus bëD^;ne ,
n El plus très-sainte et plus irè^digae ,
» Que ne pourrait langue retrsire ,
» A bonne fin me daignes traire.
» Ha ! mère au Roi qui tout cria ,
» Aine nus de cuer ne te pria ,
» Que ta douçor fesoit l'acort .
» Douce Dame à vous m'acort.
• Sacrée Virge débonnaire ,
» Ne sai que dire , ne sai que &ire ,
M Se ta douçor ne me regarde ,
» M'âme et mon cors met en ta ^rde. »
Theophillus. XL. jors
ËQ astinées ' et em plors *
Dedens le temple démpra ,
Adès géroist , adès plora ,
A nus genous et k nus coûtes. ^
Mes cèle , où les douçors sont totes ,
Quant voit qu'il a tant iravaillié,
Et tant geûné et tant rvillîe' ,
Et que son cuer a tant d'ennui.
Vers mie-nuit apert à lui.
Theophillus tremble et tressue, ^
Tout maintenant qu'il l'a veue
.La TÏsion de Nostre-Dame.
Avis li est que feu et flame
Doie saillir de son cler vis ;
Si craulière ^ est ce li est vis ,
■ Abatiaeoce. — • En pleurs. — * Coudes. — * Su«
' Mena^tiit. ,
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37
Et si le dMpit et dédaigne
Que elle r^rder o'el daigne,
Ains dist ntttuh desdaigneusement ,-
Que trop eat ptain de Iiardement,
Quant il Tapde , ne ne claimê ,
Car lui ne ses prières n'airoe.
« Diva ' » fet-dte « renoi^s ,
B G>iDiDent es-la si fanoi^s
» Que lu le haut saignor apeles , -
» Que j'alaitai de mes inaoiineles !* '
» Ne moi ne lui por quoi redaimes ,
» Quant ta ne l'un ne l'autre n'aimes ?
» Ta puant bouche orde et glixeusë , -
» Comment est si presnmcieusè ,
v Que moi , ae lui. apcter ose ^
» INnmoi comment serai ai ose
» Que mon cher filz- 4éprie pour, toi ,
N Quant tu as guerpi * lai et ftioi?
» Trop as pfësondeus <cerage ,
» Quant au Déible as ait homage. '
o Se tu cuides aidier te doie ,
» Cuides-tu donques que je soie-
» Si souifrans et si débonnaire ,
» Mes anemis doie bien faire?
» Cuîdes-tn donques que bien face '■
» Nuluî qui moi ^- ne mon filz hâte?
» Cuides-tu donc qu'aidier doie , -
» Celui qui-le Sàignour reooie , ■ ■ ■'■
• Dame, exclamation ( diva )■ — ' Abaodoi
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38
■ Qui char et 3aDC priai! eâ. non cors.'
• Voir» est qu'il est mîséricor* ,
■ Mes ivisles est ei i^iremenl
' Que quaaqu'il jâit\ fait jixMmKnt. -
I Mes boa^.vnis, esire saulaies', '.
• Car nuit «t Jor luoul me servoiès:
> Mes tu as ci torsëton cstœ', ' -l
> Que ti Dtfables tout p^sAce , ::
. P^slremeat l'empprleroQt , ■
1 Tout p^strf te gcteroDt
I En lour ja<Kil¥ et lor chartr^ ' '■
> Bon efcrit put ftt bonne chartrc ■ •/.
■ Que tu içâ. lor et mors et vis; :.'"
■ Tu as tapt lait ce «a' est avis ;
• Nus ne puet, mais «and forcç Sàat,-. ^
> Mètre conseil ta. Mi» a£ïaim>iY ';. :'i
TbàopbiUu^.soupira et pl«r«>,..:
La n)èr« pieu souvent ftore., '.: .>
La mère JMm $9UTflnt .dé|Avie . . ■ ..
Qu'el Iq secQre et qu'ele l'uie ,
Et pitië daigpç.aypiï iJti 8'â«ne>. - i -y.
«c Laisse, mesUer, ' :&it Nosirc-BbiDe',
. Trop durement m'a* coiirouci^,: . i--.
> Quant as moq fila et moi Uiaidc. .
• Pour. i. petit, d'ppnor terrestre.'
• Hai ! d«mce ^re au Aoj ' «éleitre. 'u . '
Ce li respont lî jasadoqqaeB
En souspirànt, a. il n'ayiilt diiques,
Ne n'avendra jk à nul fucr ^
Pi'ilOD. — ' Misérable. — ^Valeur. -<
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39
» Que nus qui le prie Je bon ciïrt- ,
« Secors ii'w. ait toak et aïe , '' - - '
» Douce Dame isainla Uanei; ' <•■■ <
» Douce pucèle .dëbonnaine , " ' •'■•'■ ■■
» Que pourrai-je>dîre-, neilàtre « ' '
Il Se ta douce miséricorde''
» A ton doux (àx ne me rQçid^e?
» Que devendiai, mai dotace Dame,
» Se ne. secors ma lasse d^âmef
» Haute Vii^, haute pucète , ' ' '
B Haute Roioe., n'es-tu- cèïe ,
» Dont Dues daigna. sa mère ùme''- ■
» Por pécheors à hii retraite-, ■■''• ' ■'
» Se ta douçor d'àme refrâide , ■
» Et tu deviens lîàre «àî roÂfct i* . >
» Que devendra 'laa: lasae àlkme , -
» Gère esaawide, de»' jalne, ^ '
» Se ta clârtr.qbi tani cal-Tine, -' ■
» Mes grans^t^DÏ^fes n'enlpmtnc ?:''.<
» Que pourra' . idooqiMS derennrP ' .
» Quel sentier pourrai-jë^enii^, -'
» Ne quelz rhemio , oe iqoele' voie ,'
» Se ta clarté ne me rawoie?
» Clarté du>ciel., t^rlé au mant., '
» Oarta^ >d'âTal , cbrlë d'amontv --. '■-'■
» Dame du ciel,.iDame de terre-, -:■•■
» Porte-de Paradis et cei'rcf ,
» Dame Roine des Ardiangles , f i ,
» Dame qui siêz dcsiwIeBrÂngJrà /^i.
' Aide. — ' Pîaira précieuse (srsÀiina ). ' -n.^
3dt»G00^k'
40
» A la désire du Roi de gloire.
• AÎDS nus n'entent en sa méaqoire ,
> Ains nus roerci ne te cria ,
» AÎDS nus de cuer ne te pria ,
a Tant es-tu plaine d'amitié ,
« Que n'en eusses tors pilië.
» Mère au Saiognor de tôt le monde ,■■■
B Pucèle pure , nete. et monde , -
» C M. ' fois 'te crie 'merci , - ' ■
» Tant ai le cuer taiot et noirci ,
» Tant sui dolent et espris d'ire , '
» Et tant honteiui XK sai que cUre !
» Douce ])ame^p3aine de' grâce, -
» Tant sui dolent ne, sai que fHe,-
» De ce que tant t'ai conrouciëe'
» Se tu vers moi es aïrîée !
» Douce Dame tu' as graot droit , -
» Bien sai que bien déiKt lors droit
» Desous mes. pies' la tenrefendre
n Et feu d'enièr mx laïque esprandrej;
« Qui renoia . ton fils et toi.
n Douce Dame ce poise moi,
» Douce Dame , ne plus &ire , •
» Douce Dame , tout, mon a&ire-
» Ses bien et yoia,-or t'en conreingne',
» Moi ne cbaut ' que le cors deveignc,
M Bêle , douce , piteuse Dame , -
» Mes que merci aies de m'âme.
» Douce Dame que' qu'aie &it , . -
' Cent mille. — ■' Il ne m'importo pa- ■
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ai
• Je me repent de. mon méfait.
> Se ne fu d'âme r^)entaDce ,
> Geùae , aumosne et pénitance ,
t A mal port fiment ariv^ ,-
* Cil et celca.demiiiué.
a Raab qui tant fu pécheresse ,
« L^ère , foie et lëchéresse , '
laraès merci ne recouvras! ,
» Se repentance n'iouvrast.
» Se repentance n'eust &it
» A David pais du grant mefi&it -,
» Qu'il fîst d'une , por sa famé. '
» Qu'eust-il fait , ma douce Damé ? ■
a Que r'eust fait Dame ' S. Pierres
» Qui tant fut durement pëchîares ,
» Et qo'anemis tant feuroia , '
» Que Dieos par. 111. fois renoia.
» S. Cypriens, ma. douce Dame,
» Qui £st. À .mainte eocbainte iame,
» Traire et sachier ' l'&me du cors , '
» Se Dieus ne fust %iiséricors , . ■
» Et pénitance n'i venist , .,, . ■
» Où alaat , . no que dsvenist ;.
» Et tout H mondes tant a fut
» Chascun jor., Dame, tant nufEut y
» Qu'il fonde^ott ou fohs d'abianes,
» Ni ert pénitance et tu méismes ,
» Qui les soutiens par ta prière.
» Bêle très-douce IWne cfai^ ,
' Damei C Oominus ). — ' Tirer, ■ ■
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4«i
« Se n'esioit vraie, tepentance^ '; ■'
» Confession et fiâitlaiire , '
B De mal en pis cheacuns iroit ■ '-»■'
» Et tout H lODôdes ji^cîro i l. - ' , '
•> Des grans péchiez, des gians nefibis -
» Que )'ai pensas et dis et tara , •••■.-■■
n Douce Dam,et^ui..repeiklaii»,
» Doleos , trislm «t d^mentins. '
» Si duremeal Ciam 'Conques puis , .
n Fluus de douQor , 'fontaine , ' puis ,
» Mère et nbunice au Sauv^or
n De cest repcaluit p^héor
» Aies pilnf , qui tant, l'apèle.
» Tant a Teillîé en ta ' cliapialé ,^ - ; .' '
» Tant a gennë et ^tmt uunëV
» £t tant gémi et^tani ploùréV "' '■:' ' •
» £t tant me repent dDoemcat
» Que je sai bien ceitaînenient ^^ -
» S'aussirdouce-es , com tu mWeâtft ,
» Piti^ le prendra :de mon' e&tM , ' '"' '
» Et à ton £ls.ina paisqueivas', ' ''''
» De nule riens n'd TtqucrraB, :
» Ce sai-je bîdi , tot-sa^i doulatiofi.> • >.)
» Qu'il ne. face 8ata.'deiB0rmce.'»' : >i <
La haute Dante gloriôuse , '
L'umble- puoiHcj'Ja piteuse, ' "-
La douce^Virge saincle :al digae:,' i'
la débonnaire , la .faénignÀ ,'''' i-',-
Cèle en cuisonti tooie'pitié vI-t^' i ■'! "I
' Pleurant, gémisaaoti ' nun.'- .i.,ii.l
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43
Toute dovçof,}. tout amîtté,'' '• "
Cèle qui est h droite adi-èce ,
Qui to8t j£s pëchéirs adrèce ,■'■'■ ■
Cèle qui est la droite vole', ■
Qui iQui lejs de&TWés avoie, ^
Cèle qui est loz.li cOnfors"- ■ '■
De toqs. Éaibles et <de tous fo^s ,
Cèleqaiitwt estidère. et finei ■
Que tout le. inonde enlumine;
Cèle qui est de .ai haut estre , ■ i
Que du ciet est porte et fénestrè;'
Cèle qui est teiit débonnaire y ■■ ■' '
\ Cqm n(i<jMâet dire , - ne retfttii'e ;
Cèle qui est plus enniili^ "; , ■■■■
Que pipUrsatts miel en irasclw téé,''
Quant le Jar:, qui fu ;mdiri ' ' '
Qui um ïltfHt et lanl-la; prje ,^ ' i
QuijbOt gc«usl et qui tant-i^ôre j-
De lui.e'apfocheiaaans lileniore ,i- ■■•'■
El si li,disit raoût' doecemoiltr' '' '
> Irée m'a*. «9ult dumnent ," '■
" Mes tante lerH)^ «i as plor^-, :
> Et m'iM^p -ttttt- aorëf , :. ..
> Que tou». H «BeFfl.de ,t6î: m'apiècev
» Por ce quCilôBt ,piireBl|parfic6i* ''
> Et taQt,Tnie:ta^^répentancq , c:.n: .
> El qu'fiO' moi ai lèle fiaiire;:' •'"
> A motn.dous 6iz:la pais querrai ;>■.:
• A SQ9 fifÙBs -piéi «ios l'ent/charrai
itv Google
« Que les pechiés ne te pardoint ,
> Et si sa grâce ne te doirisi; ■ ■'
> Mes aÏDçois Tuetl suis déloiance
» Cfi'r la foi et ta crànce.
» Et ne crois-tu , sanz nul obstacle ,
•> Celui qui fist fiare habitacle
» En mes cosies el en mes flaàs ,
» Fui Dieus-, el est, et iert toat temps f
» Et ne crois-tu bien fermement ,
» Que cil qui fist Je firmament
9 Et de noient ' le monde cria.,
• Pour homme tant s'umilia , - ■
» Que char et sanc voult de moi pren^?
El si paroi " le coer «i feodre ;'
a Que tant ùx dous. el i^at fanmaim ,
» Qu'il eslendt et pi& iat maias
n En crois pour, racheter le tnonde?
> Et np cr4is-lu que la saincte onde , -
•> La saintisine . yaue et li sains sans ,
> Qui d^oula de ses saiiu flans ,
» Et de. mort d'enfer nous racheta? » ■
Theophillus lors se geta
Tout plourant as pies Môstre-fiane ;
< Je croi,: »'&it-il', a deoaer et d'âme .
» Douce Dame, qoanque: vous dites-,
> Bien crois que li Sains ' Esperiles " ■■' '
> En vos sains flâna It Roi conçut ;■ h
Qui raort„en crois. porAiïigas reÇnl. ■
• Bien croi et sai , s'ày gnuit raison ,
Rien. — » Pai-eul_, par, eiiperlatïf.
itvGoogte
45
» Qu'il fut vrais Di«x , et fu vrais hon.
» Il fu humain» , il fa célestrcs ,
» En crois morut comme hons terrestres.
» En crois morut rumanilés ,
» Et au tiers la Déit^s
» L'umanité resuscita '
» Et ses amis d'enfer geta. ' '
» Bien croi la résurrection ,
» Bien croi la saincte asrention ;
» Bien croi et sai certainement
» Qu'il revendra au jugement
» Et jugera et mors et vis.
» Qui ce ne croit , il m'est avis ,
» Qu'il ne porra sans *■ estre.
» Bien croi el haut Saignor celesire ;
n Bien croi et de cucr et de fin ,
» Qu'il règne et régnera sans fin.
» Bien croi et sai , estoille dère ,
» Qu'il volt de loi faire sa mère.
» Bien croi et sai , quel que je soie ,
» Que ta volent^ est la soie ^
» Et que la sève ' est' la tuie. ^
» Haute pucèle, Damé pnie.
» Bien croi et sai de cuer et d'âme
» Que du *ciel es Boine et Dame ,
» De paradis es clère estoille ,
» Dame du ciel et Damé de terre ,
» Dame es d'aval , Dame est d'amont.
> La d^ilé ressuacita l'humanité au troisièDie jour. —
■ Sauve. — ^ La eienoe. — i La tienne. —^ l« tienne.
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46
» Si II .Dâible ânguigine m'ont,' i.
» Douce Dame piiî^ te preiogne ,
» El ton dous filz prier eD deiogne. ■
» Mon secors es et ma fiance ,
» Ma seortés et m'espëraoce ,
» Mon cuer de tout en toi a'afie ,
» Douce Dame , sainte >Iarie ,
» Douce pucèle glorieuse ,
» Tant es douce , tant es piteuse , ■
» Que nus de coer ne te requert ,
« Lors droit ne face que qu'il qnert.
» Je te requier , en grani angoisse ,
» N'est nus qui doulor connoisse , .
» Kest nus qui sache ma destrèce ,
» N'est nus qui sa;che ma tristèce ,
» Mon destorbier , * ne mon affaire ,
» Fors toi pucèle débonnaire ,
» Et ton dous filz lî Rois de gloire.
» Je l'ai eue en g^-ént mémoire y ■
" Je l'ai amée durement , .
» Je t'ai sei^ie longuement , "
» Mes ainssint que H Dàble ,
» Li soudîans , * li decevable ,
» Li agaitans , ^ li vâiimeus y
» Li fol , lî. fel , li véaimeus ,
» Par son barat m'a si soupris , . - .
» Que son las m'a lacié et .pris.
» A l'aim ^ m'a pris et à la liine, ^
'Embarras, * Sëductmir, ^ Qui tend des piJ
* A l'hanMcoD. — * A U ligne. >
Dig-izsdtvGoOgIc
,ii7
■ Ne gart.J'âure qnlen nmmf tn'ëir^W "
■ Ne garl ïa^re touf vis me preitçni ,
< Ne gart l'eure si me »otif>renfBnt t ■
> Qu'ensembiç emportent, coi« él âme.' '
• Haute pQcèle , haute Dame ,
> Douce Ihtftt , sainte Marie ,
> Mon las de cors , m'âme et ma vie
1 Dore en avanl met en ta garde ,
> Se ta douçeros. mé regai^ ,
1 Tout ai perdus ', et pies et mains ,
i M'àrae et mon rot« met «i (es mains.
La sainte Dame esp^laUe ,
La débonnaire, l'aniiable , '
Quant voit. le. las qui merci crie ,
Et qui tant doucement li prie ,
Respondu l'a moult donceraient , ■ ■
El si li dit mont liément : '
.< Théophille . Théjphille , .
» Or ont Diables tout fille ,
» Or ont Diables .tout perdu ,.
» Or sont-il mat et espodu ,
» Quant reconnois d'entier . çora^ ,
» Le Rois qui te fist à s'image,
» Bien as Déable deceu ,
» Quant mon filz as reconneu, - .
» Que renoi^s par lui avoies.
» Tu es entré en, lui cam voies.,
» Quant ton p^bié as tant ploré ,
» Et tant veilU^ et tant oré.
' Joyeusemont.
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48
■ Tant m'as priée et tant requise i
■ Que grant pitié m'est de toi prise.
I Ma douçor m'as tant recordée
■ Qu'à toi suî toute racordée,
> Et te ferai toute t'acorde
> Au doos Rois de mis^corde. »
Atant de lui s'est départie
Mostre-Dame sainte Mane.
Théophillus qui moult fu liés
ni. jors adès agenoilliés
Dedens le temple demora ,
Adès gémi , adès ora ,
Aias ni menja , onques ne bat ,
Ne du temple ne se remut.
Tant parot grant dévotion ,
Et tant ot grant contricion ,
Que des lermes tel abondance ,
Environ lui tout sans doutance ,
Se l'escriplure ne nous roent ,
Arousa tout le pavement. ■
En chaudes lermes fondi tous
Et fu tous jors à nus genous
Devant l'image Nostre-Dame ;
De tout son cuer , de toute s'ànie
La mère Dieu merci cria ,
Et cèle pas ne l'oublia.
ÏJk tierce noit revint à lut
La douce Dame , qui nului
I4e desdaigne , ne ne despit ,
Puis que de cuer la prant et prit.
îdtvGoO^lf
49
La douce Dame débonnaire
La tierce nuit à lui repaire, '
Chière li fait si délitable ,
Si piteuse , si amiable ,
Que salve l'a et re&it
Du dous semblant ■ qu'ele li fait.
La sainte Virge glorieuse
Li dit à douce vois pileuse :
1 Par ma préce , biaus dous amis ,
> Cil qui en crois à tortfu mis ,
<> Tes chaudes lermes a veues
1 El tes prières receues.
>> Bien li sou6t ta pénttance',
i> Ce sache-tu tout sanz doutaoce ,
» Et garde bien jusqu'à la fin,
« Que tu le serres de cucr fin.
» Si que t'âme soit afinée ,
» Âius que ta vie soit fin^,
» Ainssint comme «i fomaise or fin ,
» Procbamement vendra ta fin ,
» Or, garde qu'ele soit si fine ,
» Id grant joie aies que ne fine. »
Thëophillus qui a grant joie, ,
As pies la mère Dieu se ploie ,
\ssés plore de cbaiides goules :
« Dame, » fet-il , « en toi soict. toutes
» Les grans pitiés et les dooçors ,
» Douce Dame, à tous pëchëors • ■
» Les confors et les soutenances-,
' Reparaît. — • Air , mine.
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50
< Dame toute es lor souftisances ,
El leur conseil et lor aïe , ■
' Douce Dame , sainte Marie ,
Encor frémis tout de puour ,
James nul jor n'iere aseour ,
■ Devant que je raie l'escril
Qui ma mort dévise • et esrrîl.
' Las ! c'est la riens qui plus m'arore ,
< Las! li Déable l'ont encore ,
■ Las! cis escrîs. e&t en.. enfer ,
I Mes il n'i a porte d'enfer ,
< Tant soit d'enfer de fer ferrée ,
■ Que lost ne Taies desserrée.
> Douce Dame , quant toi serra ,
• Jà de si loins ne te verra
' Li Déables , qu'il ne s'enfuie.
> Douce Dame, sainte Marie,
> Je le requier et te dépri
> Que tu faces par ta merci ,
■ Que r'avoir paisse cèJe cliartre.
■ Jà Déables en si fort cliartre ,
' N'en si fort lieu ne l'aront mise,
■ Ne Taies bien à ta dévise.
• Toutes les fois qu'il le serra ,
• Bien sai que jà Dieu ne verra
I M'âme devant que je la r'aie. »
« Jà de tout ce riens ne t'en»aie, »
Fait notre Dame , « biaus amis ,
I Quant Ion a&ire as sus moi mis. .
Aide. — ■ Stipule.
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51
J^ n'i aniB lant de meschtcf , '
- Que je n'en viei^e bien jt chief. •
La mère Dieu si tant s'en part.
Théophillus d'autre part
Trois jor au temple séjorna ,
Ains jor ne noit ne se torna.
La tierce nuit tant ol veiltié ,
Tant g&ii et tant travaiHié ,
Et tant ptouré et tant jécni , '
Que devant l'aulel s'endormi.
La mère , k dâ>onnaire ,
A tout l'escrit tt lui repaire ,
Dont il esloit en tel fréor ,
Près s'aproche du péchëor.
La mère Dieu par sa franchise ,
£t si li a la chsrtre mise ' '
Desus le pis ^. mont doi
Théophillus isnelement
De la joie s'est esveilliés ,
Durement s^est esmerreîtiiës
De la chartre quant l'a veue ;
'Dedens son coer en a eue
Si grant liesce et si grant joie ,
Tout le courage l'en éfroie ,
Si durement s'en esmerreille ,
A paînes set s'il dort ou veille ,
Si grant joie a ne set qu'il face ,
Et vers le ciel lièvé la face ,
Piteusement plore et souspire -: ■
Malheur. ^ ' A bout. — ^ La poitrine.
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53
« Ha ! mère Dieu que porrai dire , »
Se dit li las , lout emptorant ,
« Tant t'ai Irouvëe secourant ,
1) Tant bénigne et tant débonaire,
» Que ne sai dire ne retraire ,
» Douce Dame , bien puis réoit ,
» Ta grant douçor et ton povoir.
» Haute Dame de haut renon ,
» LoTs qu'apelai ton puissant non ,
» Et lors qu'en loi mis m'espéranre ,
» Perdi Déables sa puissance ,
» Si tost com vit li anemis
» Que m'aiTaire tout sus toi mis ,
» Elsbaubi ' fu mors et confus.
» Ha ! douce mère Dieu com fus
n Conceue d'eureuse eure !
» Secourans es et sans demore
n Qui ta douçor daigne .secorre ,
» Â ta douçor doit' cbescun corre ,
» Haute pucèle , soir et main , *
» Se vivre puis jusqu'à demain ,
» Je te ferai si grant honnor ,
» El l'anemî tel déshonnor ,
i> Que tout mon erremenl dirai ,
» Ëm plaine église et jéhirai. ^ o
Se fu la nuit du samedi
Que Nostre-Dame li rendi
La chartre de perdicion.,
Li las , par granl dévotion >
' Surpris , «looné. — * Mati». — * Je confwMrai.
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53
L'eu mercia à joiates maios
Plus de mil fois- à tout le mains.
En lendemaÎD , sans demorée ,
Face moitlî^ et emplorée ,
Thëophîllas sa chartre a prise
Ëmplorant vient droit h l'élise
Où levesque chaate la messe.
De gent i trouve moult grant presse ,
Si com le jor de Dioneine. '
Sains Ëipériles qui le mainne ,
Jusqu'à Tantel l'amaine droit ,
Ghiet au vesque as piez lors droit.
Quant l'évangile, fut leue
ËD audience a conveeoee
Sa destinée et sa puilë.
N'est nus tant éust de durté ,
S'il l'enlendist , qu'il ne plorast
£t le dous Dieus n'en aourasi ,
Où tant a de douce douçor,
Que mort ne vouU de péchéoc ,
Âins voult sa gracieuse grâce ,
Qu'il se convertisse et bien fece.
Theopbillus de chief en cbief
Sa destinée et son meschief
En soupirant c'oote ^ récite,
Si com Sains Espëris le cite ,
Qui si l'esprent et làil si chaut
De boire honte ne li chaut ;
Ains en convoite à boire assés
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54
For ce que mici soit ttsipitsé»
D'anemis dont ut enlerfaie's. '
As pies l'évesque s'est coucbiiés ,
Si Tomist tout el j^e fors
La graal oi^ure de son cors.
Por l'âme fère nète el monde
A r^Tesque et à tout le monde
Aparlement dit et descucTre
Son meffait et s'ansiaine erre. '
Cheecuns se saingne et s'tfmerveille
Quant il raconte la merveille ,
Que li tnonstra fors de la ville
Que li lerres juis , par sa guille,
Tost lï eust guillée s'Âme ,
Se Dieus ue fust et Nostre-Dame.
Chescuns plora , chescuns g^mi ,
Quant il lor dist que l'alieinî
£ust fait bornage el guillëe.
L'^vesque r'a tout cflrée
Quant la charlre H a mooslrée
Que Mostre-Dame a raporlée
D'enfer , *où cil l'avoit reposle ,
Qui mainte âme greille et toste. ^
Tout li pueple plore el soupire ,
Quant Theophillus prendt k dire
Eu quel manière et en quel guise
La mère Dieu , par sa franchise ,
' EDlaché. — • Son ancienne œuvre. — ^ Brûle, de-
lorrwt laatum.
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55
Conseillië l'a el visité.
Voiant tous ceus de la cité
A l'évesqué la charte lile ; '
Et quaat fioée fu el dite
L'évesque , qui £u moolt humains ,
A iex moilliés glorifia
Le grant saingnor qui tout cria ,
Et Ïfostre-Dame Sainte Marie.
A haute vois ploraat s'escrie :
« Venés avant et tnit et toutes ,
A nus genous , et à nus coûtes
» Le Sauvéour glorifiés ,
» Qui por nous fu crucifiés ,
» Et qui tant est pileus et dous ,
» Qu'il nous daigna racheter tous ,
» De la cler rose et du cler sanc,
» Qui dégoûta de son saint flanc.
» Yenés avant , saignor et frère ,
» Glorifiés la douce mère ,
» Le dous saignor qui tout cria
» Qui de nous tous tel merci a
» Que par sa grant miséricorde ,
» A son douz fik si nous raconte.
« Venés , venés , venés vooir
» La grant douçor et le poroir
» De la puissant Dame célestre.
« Venés avant et cIctc et presire ,
» Venés avant et clerc et lai
» Venés, venés sans nul délai. »
' Lue.
Dirizsdtv Google
56
ËoTers le ciel lendi se.« mains , •
' Les merreiiles TeniieiHe oïr ,
I Dont nous devons tous esjoïr.
* Venés arant petit et grant ,
. Venes véoir corne est eograut
> La mère Dieu la débonnaire
< Des péchéors des péchiez traire.
> Venez loer , sans nul séjor ,
> A jointes mains et nuit et jor ,
> la mère Dieu , qui tout cria ,
) Qui à son filz merci cria ,
t Por racorder cest pëchëor.
« Venés véoir en quel frëour
* La mère Dieu Déables a mis.
» Venés véoir come anemis
« Est eoginiez et deceus.
II En ses las iert cil las cheus ,
« Mes celé tost l'en a fors mis ,
'> Qui n'oublies onques ses amis.
* Venez véoir le ricbe trait
» Que la riche mère Dieu trait.
» An Déable a îet tel eschec ,
a Que ce qu'il tenoit en son bec
a Â-îl laissié par fine force.
» La mère Dieu de qu'est or ce ,
» Joue si bien quanqu'ele daigne ,
n Qu'en un seul trait le gieu gaaigne ;
» Maint gieu perdu a gaaingnié
» Et s'a maint bon trait ensaignié
,ç|-,zedtvGpO^[c
57
» A ceus qui a lor gieu la traient.
» Moût lost arrière se retraient
» Li Diable quant il la voient.
» A cest cheitis issi ' avoient
» Par lor guille gaillée s'Jime ;
» Mes quant vint il à Nostre-Dame ,
» Uns si bon trait lui ensaigna ,
» Quanqu'eut perdu regaaigna :
» Lors que ce bon corage vit
» Si soutivement s'en porrit ■
» Qu'il recouTra par. 1. sol trail
» Quanqu'il avoit devant mdlàit.
B Ven^s véoir sanz déloiance
» Com grant chose est de pénitance ,
» £t comme est de grant eficace.
» Venés véoir come à grant grâce
» Et corne est douce au SauWor
» Chaude lerme ,de pëchëor.
o Ven^ véoir la hante lerme
» G>m fructifie à l'âme et germ« ,
» Boue semence et bonne germe.
» Venez v^oir com lerme a germe ,
» Grant preu * a l'âme et grant proufit.
» Vene's véoit com descotifit
» Lerme , l'ordure de péchié.
» Vous qui souvent avéa péchié ,
» Chaudes lermes plourés souvent ,
» Car je tous ai bien en couvent.
» Lerme est si fort , quant elle est chaude ,
' Ainsi, — • Avisa. — ' Gain.
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58
• Tout le pëchi^ art et escbaode,
i Lerme est si clère et $i très-fine , .
> Tout enspure et tout itâne ,
t Et enlumine et rescUrcist,
t Quanque pÀiiîé taint et noircïst.
» Petit et grant venez vëoir
• Gomme croisons à granl poToir :
a Oroison est plaine de miel «
> Oroison trespasse le ciel ,
• Oroison est douce et piteuse ,
a Oroison est savoureuse ,
A Quant est de lerme destnnprée ,
» L'ire Dieu alors atemprée, '
a Venez vëoir tout pëchÀ>r
■> Gom est plaisans au savéor
A Et dëlicteuse afHïctioD ,
>> Repentance et contriction.
n Yenés oir en audience ,
» Qu'est de geùne et d'astinence.
•> Vous savez bien que Moyses
» XL jors tout près à après
n En la montaingne il geâna ,
» Quant Dieu le taubles * H donna ,-
•> Où escrît ot de son saint doî
n Les commandemens de la toi.
» Gist bons pëchierres qui ci gist ,
» Devant la mère J^shu Grist
» Et a geuné XL jors
a En granz soupirs et en granz plors ,
Adoucit , tempèi'c. — * Tables.
îdtyGOO^IC
59
» El la Roiifbe glorieuse
» Qui dâwnnaire est et pileuse ,
n Et qui douce est plus que nul mie) ,
» Racordé l'a au Roi du ciel ,
» Et sa charire H a rttldue ,
» Qu'a devant vous dite et leue.
» LooQ là tait à une acorde ,
» Loons sa grant miséricorde ,
» LooDS sa puissance et sa force ,
• Que si forte est , quant fct efforce ,
« Par sa force a brisîë enfer
» Et àépéàa les huis de fer;
» Enfer bruisiee et effr^,
» Enfer est mas ' et despérës ,
» Enfer Iressue , enfer fremist ,
» Eufer douteuse , * enfer gëmîst ,
» Enfer lamente « enfer souspire ,
» Enfer ne set que puist mais dire
» Quant perdue a la grant goîllëe
» Qu'aToit jà prise et engoul^.
» Le Dëable qui sonf desvoié
» Touz fors du sens , touz faroié ,
» Tout esgarë , tout esperdu ,
» De ce qu'il ont celui perdu ,
» Qu'avaient pris et engoulé ,
» Bien sont bonni , bien sont bouW. *
n Li goulastre , li rechinié
» Assés avoient enginié
» De ce quainssint l'aroient pris.
■ Abattu. — ' S'attriste. — * Trompe.
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60
» Mes la pucèle de graat pris ,
» Que tout H mont aore et prise ,
» Lor a recule cesle prise.
» Loommes ' tuil et clerc et prestrè
» La douce mère au Rots célestre ,
» Qui tant parest de douçor plaine ,
» Que nosire frère nous ramaine ,
» Qui perdus iert et adirés ,
» Il est deschaus et désirés , ^
» Fovres et nus à nos revient ,
» À reveslir le nous convient.
» Vestés-lui la première estolle ,
» Dont l'évangile nous parole. ^
)) Vestés-le bien sanz nule alente ;
- » Gardés qu'as pies ait chaucemenle , '
» Et qu'en sa main ait riche anel ,
» Occiés tosl le cras véel , ^
» Gir il est drois , si com moi semble ,
» Tait devons huî mengier ensemble ,
» Grans noces faire et granz convive , '
» Car il nous a à bone rive ,
» Arivé et mis nostre frère
» Par les prières de sa mère.
» Loommes tuit la douce Dame ,
» Qui résuscitée l'âme
» Qui em péchié estait . estainte.
» Loommes tuit la Dame sainte ,
■ LououB , laudtmua. — * Egare. — * Déchiré.
* Parle. — * Chaussuie. — * Veau gras^ — ' Repi
3dt»Go0^k'
61
a Loommes luit la Dame piue ,
» Loommes tuît sa grant ajue , '
» Loommes luit son grant conseil ,
» Loez-la touz j'el tous conseil ,
» Car toute riens loer la doit ,
» Ële est fors que à son doit
» Boules à jus les murs d'enfer',
» Enfer qui a les dens de fer ,
« Des siens ne puet riens retenir ,
» Elle le fait tost desniir
» Elle le Ëiil lost fr^mier ;
» S'en doivent tuît versefier,
» De mautalent , * d'ardor et d'ire ,
» Et s'il se devoit tous drffrite ,
» Si traira-«lle encor mamte âme ,
» Car sa maîtresse est et sa Dame,
» Souvent le despoille et desrobe.
)> En enfer n'a malfc si gole , *
» Tant soit velus granz et pales, '
» Lors qu'il la voit ne soit mates ,
« Et qui granl voie- ne li face,
» El si clère de grant povoir ,
n Qu'anemi ne l'ose véoir.
» Si grant dartë ist de son vis ,
» Que erraument ' lors es* avis ,
» Se devant li ne s'enfuioienl.
» Li dous Dieus fist sa douce mère
• Aide , secours. - ■ Colère , dépit. - » Sans (
pour Gobe. fou. - * Epais. - ^ Promptement.
itv Google
69
> Si plaisans , si bMe et si clère ,
> Qu'en II se mirent H Archangle ,
• Si Saint, tes Saintes et si Angle.
• Li ni^îsmes souvent s'i mire..
I A sa biaut^ conter , ne dire
I Nule langue ne soulBroît.
• Où est la langue qui diioil :
) Douce Vîrge , douce pucèle,"
> Gom tu es douce , sade et bète ,
I Sus toute riens es gracieuse ,
> Sus toute riens es dâiteuse,
> Sus toute riens es bêle et sage ,
> Sus toute riens as doz ctn^e ,
> Sus toute riens es dâunnake.
> Dame nus ne porroit retrair* ,
> Com parest , douce et gnnt t'^ue ,
I Douce pucèle Virge et pioe ,
• Dame sans venin et sanx fiel
■ De toutes les vertus du ciel
I Hui en cest jor.lo^ soies.
> Douce que tu il bonnes voies
> Cest péchéor nous as remis , .
> £t retolu as anonis.
> Douce Dame , douce pucèle , .
• Dame sus toutes biautës bêle , . ■ ■
t Dame sus toufea thriés clère ,
> Prie ton iîls, prie toa père,
> Qui tout le monde a en sa main ,
I Qu'il nous gart au soir et au main
t Et tiex oevres faire nous fece
it» Google
63
» Par sa douçor et par sa gprlce ,
» Partir puÙBomes à sa gloire
» Amen dient clerc et proîroîre. ' o
Quant l'ëvesques tout pardit ot '
Ce que li sist et que li plot ,
Theophillum , sans démord ,
Qui la face ot moût enpiorée ,
A fait drecier et relever ,
Por le venin faire crever
Et por honnir lui et sa guille.
Voyant le commun de la ville ,
L'évesque fait la chartre prendre ,
Et si la fait ardoir en cendre.
Quant elle fu bruié et arsse y ^
Et la cendre partout esparsse ,
Moût fu liostre-Dame aorée
El mainte lerme ot plorée. .
Âssés ploroient clerc et lai ,
El l'évesque sans nul délai ,
Quant la messe ot définie ,
Tbeophillum a communie.
Lors droit qu'en la bouche li mist
Le précîeus cors Jhesu Crist ,
Son vis si grant clarté reudî
Qu'aussi com solaiL resplendi..
Si clers devint, ce est la some ,
Face d'angle ot , non une d'orne.
' Les assUtanU, ceux qui priaient. — ' Eut tout
dit. Par , superlatif. — ' Giillëe et brûlée , ardto ,
itv Google
6â
Tuîl cil qui cel miracle Tirent,
Moût durement s'en esjoiroit.
Et durement s'en merreillèreat ,
Dieu et sa mère eu mercjèreat ,
Grant et petit communièrent.
Theophillus isnelement,
Reparriés ' est à sa chapele ,
Derani l'image à la pucèle.
Où vit les. 111, avisions.
Moût fil en grans afflictions ,
Moût jeta lermes et soupirs ,
Com cil en cui lî sains
Aombrés ' iert et descendus.
En crois se gist tous eslendus
Deraut l'image Nostre-Dame :
« Dame , » fait-il , « ma lasse d'âme ,
» En ta garde met et commant
» Douce Dame par tel convant ,
» Ton douz filz prie sans dëlaie ,■
» Que tost à bone fin me traie ,
» Puis qu'il est tant mis^icors ,
» Qu'il a soufert que son saint cors
» Ai receus , quel que je soies ,
Il Dedens mon cuer. En ai tel joiej
» N'est riens ou mont que je cpnvoit ,
« Fors tant que bone fin m'envoil. •>
La douce Dame glorieuse ,
La douce Virge la pileuse ,
Son péchëor n'oublia p^s.
' Retoui-oé. — ' Gachj..
itv Google
65
Son Anement et sod trespas
Cil ' dësiroit tanrdoucenient ,
Venir H fist prochainement.
Theophillus , ce dit l'estoire ,
Aine puis ne vout mengier , ne boire ,
Qu'ot recéu son SauTéor.
Moût ot en lui doux pëchéor
£t moult ama doucement
La mère au dous Roi qui ne ment ,
£t raout ta servi volentîei-s.
Trois jors demora tous entiers
£n oroison devant l'image.
Tant li pria d'entier corage ,
De haut cuer , d'ardant et d'engrès
Qu'à jus en .III. ne plus c'uns '' grès
Ne se croulla , ne ne se mut ,
Droit au tiers jor qu'à finer dut.
Ses compaignons à tous mandes
Ses aadieus tous commandes.
Baisiez les a com bien apris
Et puis à touz a congië pris.
u Saingnors , » fait-il « k Dieu le père ,
» £t à sa douce sade mère ,
» Qui de moi facent lor commant,
» Dore en avant tous vous commant. »
Plus ne lor dit , ne plus , ne mains ,
Mes vers l'image estent ses mains ,
Et si se r'est agenoilliez ,
' Qu'il, — ' Opiniâtre, ingrutns. — * Qu'un.
itv Google
66
Pîleusement i iex moiliiés
La douce mère Diep r^rde :
< Dame en les mains et tu la garde
I Commant , » fait-il , u mon entérite. »
Si tost com la parole ot dite ,
La bouche ouvrî et rendi l'Âme
Devant l'image Nostre-Dame.
Si compaignon , quant mort le virent,
Moût [dorèrent et moult gëmirent.
De toutes pars' le pueple vint ,
Ou lieu mëismes où ça vint ,
L'enterrèrent moult hautement ,
Et clerc et lai communânent
Dieu et sa mère de cuer 6n
Glor^èrent de cuer fin.
Gst miiecle n'est de fables ,
Ains est si vrais , et si eslables ,
Qu'en sainte Eglise est receus
Et en maint haut convent leus.
 oïr est moût délitens
Et est moût doua et moult piteus
Por pécfa^rs reconforter.
Nus ne se doit desconforter ,
Pour nul péchié , dont il se dueille ,
Puis que amer et servir vueille
Nostre-Dame sainte Marie.
Ne nus qui soît en ceste vie ,
Kest tant preudons , ne de haut estre ,
Qui assëur doie jà estre.
Fouis et foie est sans nule doute ,
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67
Cil et cèle qui ne se doute.
M*! a si bon qui ne meschaie ,
Ne si sAir -qui tost ne chie , ( sic ) '
Ou qu'il ne face aucun fol saut ,
Quant anemis .1. pou l'asaut.
Theophillus fVi tost cheus ,
Tost enginîee , lost deeeus ,
Qui tant esloit de grant renon
Qaen parloit se de lui non.
Anemis a moût granl puissance ,
Et tant parset de vielle dance , /
Que sa dance fet bien baller
Ceuls qui plus droit cuident aler.
Assés souvent guille et mesmaine
Ceuls qui plus font la Madelaine ,
Car .1. bevrage , lor fait boiire
Qu'il desterapre de vaine gloire ,
Dont tous les enivre et enherbe. '
Vaine gloire est si très-male herbe ,
' Si très-cuisans , si très-amère ,
Qu'il n'est si preudons^ ne de mère. ^
S'il en gloute néis * une goûte ,
Que ta mort à l'âme ne gloute.
Vaine gloire est trop mal bevrage ,
Plusors en boivent , c'est domage ,
Assés povés de ceuls véoir ,
Qui d'euls garder ont grant povoir ,
Et qui moult sont religieus ;
' Tombe. — * Empoisonner avec des herbes véné-
DeuBSS ( inhtrhare ). — ' Plu» grand ( Major ). - * Même.
3dt»Go0^k'
68
Mes it parsont si glorieus.
Et si farci de vaine gloire ,
Qu'il ne daignent mangier , ne boire
Avec lor povres compaingoons.
K'umîlîte as compaingnons ,
Se nous Toulons aucun bien faire.
Qui doie à Dieu soier , ne [daire.
Humilité , ce est la Toîrre , '
Ëstraugle et murlrist vaine gloire ,
Et occist orgueil et enfaerbe.
Humilité est si faanle herbe ,
Que Dieus méisraes la planta.
Aine li donz Dieu ne se vanta
En nul escrit que nus léust ,
De vertu nule qu'il éust ,
Fors seulement d'umilité.
Elle est de tèle auctorité ,
Que li dous Rois de paradis
A ses Aposires dist jadis ,
Pour ce c'orgueil fors d'els getassent,
Et que li douz humble doutassent ,
Li cuers n'î fu mie palastres ,
Bien ensaigna li piteus pastres
Qu'il estevoîl par eslovoir , ■
Humilité de cuer m'ouToir.
Car tes fait l'umèle par defors ^
Qui orgueil amuçoit ou cors.
' Véiité. — ' Convenance — : Car tel fait l'humble
par dehors .
tï Google
69
ToU fait semblant d'umilîlé ,
Qui tous «si plains d'iniquité.
Tiex fait semblant bumbles et doz ,
Qui moult est fiers , fel et estous. '
Tel a la face palle et maigre ,
Qui le cuer a félon et aigre.
Tek a veslue aspre haire ,
Qui aspres est de mal à faire.
Tel a vestue bele robe ,
Qui le cuer n'a niie si gobe , *
Ne si soupris de vaine gloire
Com les affuble cbape noîre.
Tiex fait semblant de torterele
Qui par dedans est cresserele.
Tiex Ëiït le simple et la marmite ; ^
En cui orgueil maint et habite.
Tiex a moult faumble el doz le vis ,
Qui ou cuer est Déables vis.
Tel a l'abit de r^ulier ,
Qui cuer a coinle el séculier.
Orgueil asez souvent se muce
Em papelart à graril aumuce.
OrgudI asés souvent se coille ^
Dcsouz voille et desouz coille. ^
Orgueil assés souvent repaire
Et desouz sac el desooz haire.
Orgueil partout se muce et glace **
' Faux, fod, imprudeot. — ' Vain. — * Proba-
blement marmote. — * Cache. — ' Capuchon ( eiicullua ).
— * Glisse , coule.
içiizedt» Google
70
S'umHité fors ne le chace.
El monde n'a si vil faabil ,
Où à la fois orgueil n'abit.
Oi^eil se muce ea mainte robe,
Orgueil toutes vertus desrobe ,
Orgueil toutes vertus despoille ,
Orgueil tout conchie ' et soille ,
Orgueil maint vaillant home empire,
Orgueil partout velt estre sire,
Oi^ueil partout est mal voisin ,
• Orgueil est aigres conmie aisin ; ■
Oi^eil tous jors en venin tempre ,
Orgueil put tôt et tafl et tempre ;
Orgueil de toz mais est acoinles ,
Orgueil est fiers , oi^ueîl est ceintes ;
Orgueil est froîs et envieus ,
Oi^ueil est fel et despiteus.;
Orgueil ne prise fol ne sage ,
Orgueil est plains de granl outrage ;
Orgueil est plains de grant desrois , *
Orgueil cuide estre fias de,.Rois ;
Orgueil li Queus * Pierres cuide estre,
Orguil est tant d'orgueilleus estre ,
Que souz ses pîés veult tout soumetre.
Orguil fu nés , ce dit la lètre ,
Et conclus en paradis.
Orgueil jeta du ciel jadis
Le plus bel angle que Diex fist ,
Car par orgueil tant se meHist ,
Gâle. — * Vei-jus,'— ^Désordre. — * Comte.
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Qu'il voul semblant et paraus ' estre
£m paradis au Roi câestre.
Mes quant Dieus Tit s'outrecuidance ,
Par sa force et par sa puissance ,
Ou feu d'enfer le balança.
Onques nus bons ne s'avança
D'esire or^ueilleus , bien le sachiez ,
Fi ! escopis ' el d^rachî^s ^
Doit estre orguçîl de tôt prodome.
Fi ! fi ! orgueil lot déracbe home ,
Car tant parest d'orne ^ matière ,
Qu'il put k Dieu et à sa mère.
Oi^ueil put plus que ne feit sete. "
Mes humilité est si nete,
Si dâionnaire , si bénigne ,
Si plaisans , si douce , si digne ,
Si sainte , si pure , si mbnde ,
Qu'à Dieus plaist et à tout le monde.
La lètre dit , ne doutes mie ,
Qui s'essausce , Dieus l'urailie ,
Qui s'umilie , Diex t'essausce.
Humilité les humbles hance ,
Humilités tous le$ siens liève ,
Mes orgueil qui si fort s'aliève ,
Qui jusqu'au ciel se toIi lever ,
Les siens ne fait fors agrever.
Oi^i^eil les orgueîUeus avale , * "
Orgueil fait home maigre et pâle ;
' Par«l. — * Battu. — * Repoussé. - * Impure
^Chaîae pOTcée, aentina. — * Fait descendre.
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Orgueil fait home soussiant, *
Orgueil fait home desriant. *
Orgueilleus home a roale vie ,
Car tout le cuer li range. Envie
Si près de lu! se glace et muce ,
Que tout le sanc li boit et suce.
Oi^ueil est trop suçans san&ue ,
Orgueil toz jors tout saussue ,
Quant Toit nului qui les sormonle.
Mes humilité si se donte ,
Que nule fois n'a ouïe envie
De nul bien que nul ait envie.
Toutes et tuit sachiés de voir '
Nule vertus c'om puel avoir.
Riens ne lui vault , ne ne profile ,
S'umilités en lui n'abile.
Amer ne puet Dieus à nul fuer '
Homme qui n'est humbles de cuer.
Li Rois du ciel noslre dous père
Ama moult miex sa douce mère
Por sa très-grant humilité ,
Que por sa grant virginité.
Humilité , quant elle est fine ,
Tous biens esclarre et enlumine ;
Nule vertu n'aime Dieu plus.
Tant com détint Theophitlus
Humilité dedens son cuer ,
Ne pot Déables, à nul fuer, -
' Soucieux. — "Trirte, chagrin. — * En vérité.
* Prix.
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Tant le s^ust bien espier ,
Ne delenir , ne conchier. =
Mes maintenant qu'il la laissa ,
Tost le vainquît , tost le plaissa , '
Tost t'ont lassé et amati , '
Et en 6QD cuer lors s'i tlati *
Oi^ueil , eoTie et Taine gloire ,
Par quoi renoie et raescroîe
Li Saint Jhésu Crist et sa mère.
Tant sont tuîl de povre matère ,
Que fouz est qui en lui se fie ,
N'en sa bonté se glorifie.
Tant est nostre matière maie ,
Q'anemis tous nous vainc et mate ,
Moût erraument ' le pie nos glace.
Se Dieu ne nous tient par sa grâce.
Quant anemis .1. pou nous boute
Por cest cil fok , ce n'est pas doute ,
Et trop a foie enlention ,
Qui , por sa grant religion ,
Monte en orgueil n'en vaine gloire.
Car au tesmoing de saint Grégoire ,
N'est nus I tant soit de grant pooir ,
S'il n'est chéus , ne puist chéoir.
Un bien prodomme est tost chéus ,
Por ce est folz et durphéiis '
S'est fier orgueillox vers nului
Qui por bonté qu'il ail en lui ;
■ Tromper , aurprendie. ~ ' Blessa. — * Fatigii»;.
* Blottit. — ' Promplement. - * Malheureux.
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Car à la fois est avenu
Que bon mauves sont devenu ,
Et à la fois par Dieu ravient ,
Que moult mauves , raoull bon devient.
Por c'est fox qui nului d^prise ,
Car Diex humble pÀ:héor prise,
Miex c'orgniUeus juste ne face ,
Et plus tost li donne sa grâce.
L'umble Roine , l'umble aac^ ,
L'umble Dame , l'umUe pucèle ,
En cui Dieas prist humaniti!,
Mète en nos cuers humitiW ,
Et tout orgueil en doint fors inetre ,
Qui se voudra bien adès ' raetre
A li servir , bien le Bâchiez ,
Jà si n'iert ort , ' ne si tadkiés ,
Ne d'ort pëchies tant ^âiavé
Que par lui ne soit eslavé.
Qui bien la sert ne puet périr.
Elle est tant large de m^rir '
Tous les services c'om lï fait ,
Que tout sont riches et refait ,
Tutt cil (jui son servise font.
Dous Diex ! com tuit cîl se refont ,
Qui ta très-douce mère faonnorent ,
Et la servent , très-bien laborent.
N'est nus sentÏM'S n'ait easaii^é
■ Dès-à-pr&ent , toujours, — 'Couvert d'ordure. —
' Récoinpengcr.
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75
I^ait son dévier tant tart juigné. *
Tout li monde la doit servir ,
Car nus ne porroït désorir
Le grant loier que cil recuevrent
Qui à li sont et à li oevrent ,
Touz cil sont riche et recouvra
Qui .1. soûl jor i ont ouvre'.
Theophillus bien i ouvra.
Qui en son raigne recouvra
Ce que il ne péusl recouvrer
En ouvrage eu séusl ouvrer.
Riches soudées * li paia
Quant à son filz le, rapaia '
Qu'avoil guerpi et renoië.
Desvé * sont tait et favoié
Cil qui à lui servir ne forent *
Et en sa vigne ne laborent ,
Car tAh paie assés souvent
M. tans " quele n'a en convent.
De bien paier parest si tendre
Que {dus paie qoe n'ose prendre.
Son paiement est si délivres ^
Que por cens paie mars et livres.
Toute largesse d'elle vient ,
Il est bien droit et bien avlenl ,
Qu'èle soit lai^e soir et main ,
Car tout le moode a en sa main. -
Me doit avare esire , ne chiche ,
' Aidé. — ' Gages de aerviUm-. — * Rappaisa. — * Fou»,
iosensés. — ' Courrent. — * Mille fois. — ' Facile.
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Dame si haute , ne si riche.
Riche est desus toutes ncheces,
Large est desus toutes largesces ,
Douce desus toutes douçors.
Bien besoingoe à nous pêchers
Qu'èle soit douce , si est-elle ,
Cest li toDuel , c'est la mammèle ,
Dont Diez ses. orfelias alaîte.
La mamèle jor et nuit traite
La douce mère au Sauve'or
Pour alaîtier le pécher ,
Si tost c'om li crie merci.
Bien doit avoir le cuâ: aoirci
Qui jor et nuit ne la rëclaîme ,
Qui ne là sert et qui ne l'aime ,
Car c'est la norrissant norrice
Qui alaita et nom ce
Qui tout le mont paist et norrist.
Tant est douce qu'adès sorrist
A ceuls qui de bon cuer la proient ,
Et lor genous devant li ploient.
Ele est tant douce , èle est tant piue .
Qu'esconduire ne set s'ajue
Ne refuser neïs à nul fuer ' .
A Dului la prit de cuer.
Douce et piue doit bien estre ,
Quant de ses sains flans daigna nestre
Li très-dous Diex miséricors.
Béneoit soient tuit li cors
i.Cooglc
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Qoi sa douce douçor recordent
Et qui à H servir s'acordent ,
Qui par sa graot mistiricorde
Mains descorde à Dieu racorde.
Nus n'est à Dieu tant descordés ,
Ne d'art përhid tant eaordés ,
Sa douce mère ne racort ,
Mes qu'il k H servir s'acort ;
Theophillum i racorda ,
Que Dàbles à lui acorda
En corde à moult cordes cordons.
S'a li servir nous concordons ,
Tost rompera cordons et cordes
Et fera toustes les concordes.
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